![]() ![]() |
![]() ![]() |
| Copyright © 2010 Mensa France |
|---|
| Le logo Mensa est une marque déposée de International Mensa Limited, tous droits réservés. Mensa ne véhicule aucune opinion, ne possède ni n'exprime aucune vue politique ou religieuse. |
Peut-être vous vous demandez ce qui est si spécial à Mensa, ce qui fait la différence entre une rencontre Mensa et une rencontre ailleurs. C'est un peu difficile à décrire, donc nous avons décidé de vous donner un exemple. Le rapport suivant a été publié dans notre bulletin mensuel.
Tout commençait pourtant bien. Nous nous étions donné rendez-vous pour cette "Promenade Stellaire" (lire: balade dans le noir en forêt le nez en l'air sans avoir la moindre idée de où on met les pieds) devant la gare de Fontainebleau, à 19h15 ce samedi 15 août, sachant qu'un train arrivait de Paris à 19h12. Dès le début, chacun essaya de marquer à sa manière la différence que nous partageons; Nils, Christian, Philippe G., et Philippe M. en arrivant en avance, Emmanuel en arrivant impeccablement à l'heure, moi en arrivant à la bourre légèrement à l'heure (de nets progrès par rapport à la précédente balade où je suis arrivé dix minutes après tout le monde avec l'itinéraire!), Christine et Babil en arrivant pile au moment où je dépliais la carte, et Nathalie et Ugo pile au moment où je repliais la carte (ah, l'amour...). Lionel que nous attendions avait dû avoir un empêchement car nous ne l'avons pas vu à la gare.
L'itinéraire que j'avais soigneusement étudié pour faire une boucle pédestre autour de la ville, en passant par les coins les plus intéressants, avec différentes possibilités de raccourcis selon l'heure et la fatigue, fut rapidement balayé par l'idée suivante. Comme nous avions assez de voitures et que finalement personne n'était venu en train, nous étions donc libres comme l'air et nous décidâmes de prendre les voitures pour aller plus loin de la ville et de ses lumières, dans des coins encore plus intéressants.
Le premier des coins les plus intéressants était le restaurant, et à 19h35 nous partîmes à sa recherche. 19h41 - Nous arrivons au parking de la place Henri IV. 19h43 - Après plusieurs contorsions autour de la ceinture de sécurité et quelques marches arrières j'obtiens enfin le ticket pour entrer sur le parking gratuit. 19h50 - Passage rue de Montebello - Humage d'une terrasse rue du Coq Gris - Cherchage d'un restau rue de la Corne - Essayage d'un pizzeria rue des Trois Maillets - Retournage rue de la Corne pour un chinois - Abandonnage du chinois et retournage rue des Trois Maillets pour la pizzeria susdite. 20h15 - Nous sommes devant la "Pizza Pazza" et malgré la faim qui nous torture, le point de notre position au Global Positionning System s'impose. Grâce au machin de Philippe nous sommes rassurés de savoir que nous allons manger très exactement à 48 degrés Nord 24 minutes, 33 secondes et 1 dixième, et 2 degrés Est 42 minutes 07 secondes et 1 dixième. En tout cas, ça donne rudement faim une position comme ça.
21h00 - Après quelques sujets de discussion déjà bien consistants, Lionel, qui a eu la bonne idée d'interroger son répondeur quand il n'a vu personne à la gare, a trouvé notre message, puis la "Pizza Pazza" à la même position G.P.S. que nous. A cet instant précis les conversations vont des vies privées des uns au surdouement des autres en passant par l'incontournable informatique, suivi de quelques considérations sur la grammaire et l'ortaugraffe. A ce propos, dans la phrase: "Un sot portait un seau dans lequel se trouvait un sceau. La pluie se mit à tomber et il plut sur ces trois [sô]." Comment écrivez-vous [sô] ? (envoyez vos réponses au journal qui transmettra). 22h00 - La conversation s'enflamme au contact de l'addition. Nous passons pour des fous mais tant pis, nous avons l'habitude.
22h13 - Premier abandon sur motif quasi médical. Après une étape si éprouvante, Nathalie décide de rentrer à l'hôtel, seule, à pied, à cinquante mètres. 22h20 - Arrivée au parking. 22h30 - Sortie du parking (qui aurait dû ne prendre que deux minutes pour des gens normaux) et roulage par la route d'Orléans vers les entrailles de la jungle bellifontaine. En route pour de nouvelles aventures.
22h40 - Arrivée du départ au Carrefour des Grands Feuillards. Pour faciliter notre perdition nous oublions de prendre notre position G.P.S., et partons plein Sud-Ouest à la recherche du chemin T.M.F. (Tour du Massif de F.bleau) que nous avons peu de chance de trouver dans l'obscurité intense d'une nuit sans lune. Il semble que le hasard cherche à s'amuser avec nous puisque nous trouvons facilement le chemin T.M.F. Pourtant, personne n'est dupe, tout le monde sait que ce n'est que partie remise et les sujets de conversation reflètent bien l'inquiétude: la paléo-informatique et ses monstrueuses machines de 4 K (geee!), les films américains et leurs effets spéciaux, ainsi que différentes considérations entre Nils et Christian sur les diplômes. Plômes.
23h20 - Le sort s'acharne: personne n'est perdu, personne n'est blessé, nous insistons. Nous entrons dans une zone typique de la forêt de F.bleau qu'on appelle une platière, composée de petits arbres - bouleaux et conifères - de bruyères et parsemé de petits rochers sur un sol sableux. Curieusement, il nous est impossible de voir tout ça dans le noir. Nous quittons le chemin carrossable pour suivre un petit sentier plein de pierres, de branches basses et de racines saillantes. Le danger sous-jace et l'adrénaline point. 23h30 - Je tente une mauvaise vanne et lance: "Bon, on est perdu les gars!" à laquelle un aigrefin dont le mauvais esprit n'a d'égal que l'anonymat répond "Ben je vois pas la différence depuis le début". C'en est trop, nous faisons une courte pause.
23h40 - Notre nervosité se trahit par la recherche d'un bouc-émissaire que nous trouvons facilement en la seule femme de notre petit groupe. Nous la prenons sauvagement à partie en lançant LE seul sujet qui nous intéresse: Mensa et les femmes (lire: les femmes). Petit sondage express. Question à Christine: "Qu'est-ce qu'une femme Mensa regarde en premier chez un homme?". Réponse: "(rires), j'en sais rien (menteuse!), heu, (hésitation gênée), les yeux...". Question à Ugo: "Qu'est-ce qu'un homme Mensa regarde en premier chez une femme? (rires)". Réponse: "(sans hésitation) Je ne peux pas répondre (menteur!)". Sachant qu'Ugo savait que cette balade donnerait lieu à un petit compte rendu, nous en déduisons que Nathalie est une lectrice assidue de Mensa-Mag, et bien qu'une fois de plus aucune certitude sur un tel sujet ne sortira vivante de cette discussion, nous commençons à reprendre notre route avec quelques idées derrière la tête.
23h55 - Parmi ces idées, on trouve les femmes (encore et toujours), les relations entre les hommes et les femmes (tiens donc!? ils ont des relations?!), l'acquis, l'inné, les différentes intelligences, la science-fiction, l'ésotérisme, Nostradamus et la fin du monde qui devrait avoir lieu l'année prochaine si tout va bien. 0h05 - Nous traversons une petite route forestière. En tout cas si ce n'est pas une route, c'est drôlement bien imité. Et les discussions continuent sur les vampires, puis sur le concept de Dieu. 0h40 - Les sujets nous ressemblent, nous sommes tous épuisés. Silence total. Certaines mauvaises langues disent que c'est à cause de la montée mais je n'en crois rien; la panique nous guette.
0h50 - Grâce aux pointages de carte réguliers d'Emmanuel, nous arrivons enfin sur le bord de la platière de la Touche aux Mulets dominant la plaine encaissée de Chanfroy (que nous n'atteindrons finalement jamais) et décidons d'attendre les extra-terrestres ici-même. En attendant, nous parlons de l'univers, de la conscience, de la vie après la mort, de Dieu (encore!), de religions, de conformisme, de systèmes experts, et caetera, et caetera... Nous avons complètement oublié de relever notre position G.P.S. (du coup nous étions perdus) et de parler des étoiles et d'astronomie. Il faut dire aussi qu'il n'a pas été possible en une semaine de trouver un spécialiste disponible le 15 août. Nous avons quand même vu quelques étoiles filantes et puis après presque une heure de bavette, nous tentons un retour à la civilisation.
2h00 - Nous n'y croyons plus. Nous qui aimons vivre dangereusement et qui attendions de cette randonnée un soupçon d'inattendu mêlé d'héroïsme, que nous aurions été fiers de raconter à nos petits enfants autour de l'âtre, lors des longues soirées d'un hiver interminable, sommes déçus. 2h10 - Christine, devant tant d'expectative de notre part, sauve une partie de la nuit en se foulant la cheville dans une sente empierrée. Aussitôt neuf gentlemen empressés se proposent de la prendre dans leurs bras pour la ramener aux voitures à une heure de marche de là, mais ne voulant froisser personne (quelle aimable attention), elle refuse toutes nos propositions, à la suite de quoi un silence de mort règne dans le groupe. 2h20 - Nous lui proposons de l'abandonner sur place pour ne pas ralentir la marche du groupe, mais accrochée à l'instinct de survie comme un tique à la patte d'un chien, elle refuse une fois de plus cette ultime et dernière proposition. 2h25 - Elle est en plein délire et pense même qu'elle va s'en sortir. Nous sourions en silence dans le noir.
2h35 - Babil, Philippe, Philippe, Lionel, Ugo et moi tentons une dernière diversion en invoquant les puissances de deux, mais rien n'y fera. Nous n'arriverons pas à nous perdre cette fois-ci, excepté dans nos pensées, et à 2h50 nous retrouvons les voitures à l'endroit même et dans l'état où nous les avons laissées en partant. Et c'est avec une affligeante consternation que nous devons admettre que nous n'avons rencontré ni loups, ni dahut, ni vampire, ni extra-terrestre, ni Dieu, dont certains doutent encore de l'existence. En tous cas j'ai rencontré des gens très sympas, c'est déjà ça.
P.S. 1 :
Merci à tous d'être venus et à bientôt pour une prochaine "Promenade
Stellaire". Ou même solaire.
P.S. 2 :
Nous avons appris après coup à notre grande surprise que finalement
nous avons réussi à perdre deux personnes; Guillaume et Sandra ont été
laissés sur place dès la gare de Lyon.
Bruno