par Le Batârd » 28 Juin 2011, 21:02
Petit devoir fait pour la fac sur le sujet :
Il y a 35 pages et 124 illustrations dans le comic book moyen.
Un seul exemplaire peut aller d'un prix de 1 dollar à 140 000 dollars.
172 000 comics sont vendus aux États-Unis chaque jour.
Plus de 62 780 000 chaque année.
Le collectionneur moyen possède 3 312 comics et il ou elle passera approximativement un an de sa vie à les lire.
Comic est le terme généralement utilisé aux États-Unis pour désigner une bande dessinée. Mais voyons ce qui se cache réellement derrière ce terme et les pistes que ce devoir tentera d'explorer. Dans les années 1980, des éditeurs se sont mis à employer le terme "comics", d'abord pour des œuvres plus mûres qui n'étaient pas dans le genre super-héroïque puis pour qualifier le genre de sorte que le terme est presque devenu synonyme de "bande dessinée de super-héros", ce genre étant le genre prédominant aux États-Unis. Il existe une étroite corrélation entre l'évolution des USA et celle de ses héros de papier. Les personnages sont autant de symboles et de valeurs qui ont construit le pays tout en étant eux-mêmes influencés par l'histoire de celui-ci, ils partagent ses défaites et ses victoires, ses déceptions et ses espoirs. Ce devoir s'intéressera donc aux comics américains dit "de super-héros" depuis leurs origines jusqu'à aujourd'hui en étudiant les influences du monde sur ce média et l'influence de ce média sur le monde à travers l'histoire des deux principales maisons d'édition américaines.Un super-héros possède au moins deux des trois caractéristiques suivantes (les deux dernières étant très souvent liées) :
Il a des capacités extraordinaires (force physique surhumaine, rapidité hors du commun, résistance à la douleur...) communément appelées super-pouvoirs.
Il possède une double identité : celle d'une personne normale et celle, secrète, de super-héros.
Quand il effectue des actes héroïques, il porte un costume distinctif (le plus souvent collant au corps), qu'il abandonne quand il reprend ses activités d'individu ordinaire. En général les super-héros les plus puissants se permettent de porter des costumes colorés tandis que les justiciers avec peu ou pas de pouvoirs ont tout intérêt à porter des costumes sombres et discrets.
Nôtre Histoire du Comics commence en juin 1938 avec l'apparition de Superman dans Action Comics #1 édité chez DC Comics. C'est le début de ce qu'on appelle l'Âge d'or du Comics. Entre 1939 et 1941, DC et sa filiale All-American Comics créent certains des héros les plus populaires, tels que Batman et Robin, Wonder Woman, The Flash, Green Lantern, Atom, Hawkman, et Aquaman. À la même période, Timely Comics, le prédécesseur de Marvel crée Human Torch, le Sub-Mariner, et Captain America. Il est à noter que la Seconde Guerre Mondiale a eu une forte influence sur les comics de l'âge d'or. Les super-héros, devenus extrêmement populaires, symbolisent une propagande politique de la victoire du bien contre le mal. Il n'était pas rare de voir les héros se battre contre les forces de l'Axe; les couvertures les représentants en train de cogner Adolf Hitler ou des Japonais dessinés de façon caricaturale.
L'idée de Superman apparaît dans la tête du scénariste Jerry Siegel et du dessinateur Joe Shuster, Superman porte en lui un emblème politique : celui d'un peuple juif opprimé qui voit le n*** submerger l'Europe. Le caractère de Superman, savant mélange de Zorro (pour la double identité), des héros mythologiques (Hercule) et des hommes forts du cirque capables de tordre des barres d'acier ou de briser des chaînes (et accessoirement vêtus de tenues moulantes et colorées…), possède une forte dimension biblique. Comme Moïse, il est caché dans un berceau pour survivre, et dérive dans l'espace avant d'être adopté par un peuple étranger. Et tel le légendaire Golem, créé au XVIe siècle par le rabbin Loew pour défendre les juifs de Prague, Superman use de ses capacités hors normes pour défendre son peuple d'adoption. Son nom kryptonien, Kal-El, signifie en hébreu "semblable à Dieu". Résurgence d'un lointain fantasme juif, Superman est avant tout l'incarnation d'un monde meilleur, au sortir de la crise économique et au cœur de cette période trouble. Il est alors très souvent surnommé "l'Homme du futur", laissant augurer un avenir merveilleux dans lequel n'évolueraient que des super-hommes, immortels, infaillibles, justes et bons.
La star de DC Comics se présente d'abord comme un héros très proche de la population, un justicier social qui se déguise sans cesse (comme Arsène Lupin) pour se fondre dans un décor donné plutôt que d'utiliser son costume, afin d'aider les opprimés menacés par des capitalistes sans scrupules. Dans Superman #1, il se glisse parmi des mineurs travaillant dans des conditions déplorables et force le patron à prendre soin de ses employés. Ce n'est que progressivement qu'il étend son champ d'action au monde entier. "Superman fut le premier personnage en phase avec les tensions internationales de son temps. (…) La première couverture montrant une scène de guerre fut probablement celle de décembre 1938, où l'on voit Superman détruire un bombardier d'un coup de poing", raconte Jean-Paul Gabilliet. Avec l'entrée dans le conflit des États-Unis en 1941, des dizaines de héros participent à l'effort de guerre : l'armée américaine devient le plus gros acheteur de comics pour satisfaire ses soldats, première génération de fans d'illustrés. En avril 1942, la Marine inclut même les fascicules de Superman dans la liste de ses fournitures prioritaires. Au sortir de la guerre, les États-Unis, sauveurs du monde libre, se considèrent comme les gendarmes du monde, l'analogie avec Superman est évidente. Fer de lance de la propagande patriotique, au top des ventes depuis sa création, l'invincible justicier se voit associé à cet État qui a triomphé du mal n***. S'ensuit l'entrée dans la guerre froide, qui ne laisse pas de répit à Superman : il devient l'incarnation du rêve américain. "Ce pays a toujours eu ses super-héros", rappelle Will Eisner (auteur de comics). Qu'il s'agisse de héros de western ou de militaires ... Celui du XXe siècle n'a aucun concurrent (et un soyeux slip rouge).
Batman apparaît en mai 1939 à la sortie de Detective Comics #27 édité chez DC Comics (DC étant les initiales de Detective Comics.) Ce personnage prendra tout son ampleur seulement bien plus tard mais il introduit diverses idées. Il montre qu'il est possible d'être un super-héros sans avoir de super pouvoirs et donc que la vraie nature de l'héroïsme consiste à agir pour le bien en fonction de ses moyens. Il est également le premier à posséder un assistant, Robin (qui apparaît dans Detective Comics #38), ce sidekick ou sparring partner permet au héros de ne pas monologuer pour expliquer ce qu'il fait. Sur le ton du dialogue, il commente ainsi l'intrigue au lecteur en s'adressant à son partenaire. Nous verrons plus tard l'évolution de ce personnage.
Au début des années 1950, l'Âge d'or se termine avec l'annulation de plusieurs séries Marvel Comics faute de lecteurs. Privés de leur principal ennemi fasciste, la plupart des concurrents de Superman s'éteignent et les ventes de comics reculent, lui est déjà devenu une icône ; qu'importent les ventes, Superman est identifié d'un bout à l'autre de la planète. En 1951, la série Justice Society of America paraissant dans All Star Comics s'arrête. Cet évènement entérine le déclin de la popularité des super-héros qui a commencé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1954, le livre Seduction of the Innoncent du Dr. Fredric Wertham parait. Soutenant que les comics (notamment les comics de super-héros, d'horreur, et policiers) favorisent la délinquance chez leurs jeunes lecteurs, il obtient un grand écho auprès des parents, et suscite un climat défavorable aux comics. En réaction, les éditeurs fondent le Comics Code Authority, un organisme qui impose dès lors aux comics de suivre un code de moralité très strict, sous peine de ne pouvoir être distribués.
Dans sa forme d'origine, le code impose entre autres les règles suivantes :
Toute représentation de violence excessive et de sexualité est interdite.
Les figures d'autorité ne doivent pas être ridiculisées ni présentées avec un manque de respect.
Le bien doit toujours triompher du mal.
Les personnages traditionnels de la littérature d'horreur(vampires, loup-garous, goules et zombies) sont interdits.
La publicité pour le tabac, l'alcool, les armes, les posters et cartes postales de pin-ups dénudées ne doivent pas apparaître dans les magazines.
La moquerie ou les attaques envers tout groupe racial ou religieux sont interdits.
Le début de l'âge d'argent fait débat, mais on admet généralement que la période a débuté en 1956 avec Showcase #4 de DC Comics, dans lequel apparaît la version moderne de Flash. En effet, Flash fut un des premiers héros dont les histoires prirent une teinte de science-fiction. Cette reprise du nom de l'un des personnages de l'âge d'or, accompagnée d'une modernisation de son origine est un phénomène récurrent dans le monde des comics et correspond à la volonté de l'éditeur de maintenir l'intérêt de générations successives de lecteurs. Après Flash, le succès aidant, il y eut Green Lantern,Atom et Hawkman. C'est à ce moment-là que DC créa la Ligue de Justice d'Amérique. L'arrivée de Mort Weisinger au poste de responsable éditorial de Superman allait signaler une continuité renforcée et la période la plus créative pour le personnage.Le succès de ces séries établit une formule à suivre pour DC face aux restrictions du Comics Code Authority . Elles injectèrent une bouffée d'air frais dans les comics et cela se ressentit dans les ventes et fut remarqué par leurs concurrents.
Cette période a vu l'émergence de Marvel Comics sous l'impulsion de Stan Lee, Jack Kirby et Steve Ditko qui introduisirent des personnages qui rompaient avec l'image classique du super-héros au point que certains (The Thing, Hulk, Spider-Man) peuvent être considérées comme les premiers anti-héros populaires. Ainsi vinrent les fameux Quatres Fantastiques, Hulk, Thor, Spider-Man qui allait devenir le personnage le plus populaire de l'époque, Iron Man, Daredevil, les X-mens et Les Vengeurs. DC n'adoptera une vision proche de celle de Marvel que bien après cette époque.
Stan Lee imagine entre 1961 et 1963 des super-héros plus humains, pétris de contradictions et de doutes :
- novembre 1961 : sortie de Fantastic Four #1 (première apparition des Quatre Fantastiques), Marvel Comics
- mai 1962 : sortie de Incredible Hulk #1 (première apparition de Hulk), Marvel Comics
- août 1962 : sortie de Journey into Mystery #83 (première apparition de Thor), Marvel Comics
- août 1962 : sortie de Amazing Fantasy #15 (première apparition de Spider-Man), Marvel Comics
- mars 1963 : sortie de Tales of Suspense #39 (première apparition d'Iron Man), Marvel Comics
- juillet 1963 : sortie de Strange Tales #110 (première apparition de Docteur Strange), Marvel Comics
- septembre 1963 : sortie de Avengers #1 (première apparition des Vengeurs, regroupant Thor, Iron-Man, Hulk, l'Homme-Fourmi et The Wasp), Marvel Comics
- septembre 1963 : sortie de X-Men #1 (première apparition des X-Men), Marvel Comics
- avril 1964 : sortie de Daredevil #1 (première apparition de Daredevil), Marvel Comics
La course aux étoiles que se livrent URSS et USA a redonné aux lecteurs le goût des héros ; Youri Gagarine devenant le Superman russe, la propagande reprend de plus belle. Face à ces nouveaux concurrents aux faiblesses proches d'un public adolescent qui peut s'y identifier, la créature imaginée par Siegel et Shuster apparaît lisse, froide et lointaine. D'autant que son obéissance traditionnelle aux institutions étatiques va commencer à peser sur son image.
Les éditeurs sont forcés, bien malgré eux, de faire montre d'une conscience politique pour satisfaire leurs fans. Ils remettent en cause le cadre traditionnel et implicite des comics, qui plaçait l'Amérique du côté des gentils. DC va plus loin, en proposant une nouvelle version de Green Lantern : le héros vert ouvre les yeux sur l'idéologie conservatrice qui guidait jusqu'alors ses choix, et découvre l'intolérance, le racisme, l'injustice sociale qui règne dans le pays. La fin des années 1960 voit également l'apparition du premier super-héros noir et africain : La Panthère Noire (Black Panther en anglais) qui naît la même année que le mouvement révolutionnaire afro-américain des Balck Panthers. L'une des lectures classiques des X-Men voudrait d'ailleurs que le combat des mutants et des humains reflète celui des minorités, des immigrés et surtout des Noirs, l'affrontement des deux conceptions du pacifique Professeur X et du belliqueux Magneto faisant écho à l'opposition entre Martin Luther King et Malcolm X. Le fameux discours I Have a Dream de Luther King étant prononcé seulement un mois avant l'apparition des célèbres mutants, on peut facilement comprendre ce parallèle qu'on retrouve à tous les niveaux comme leurs noms de code qu'ils utilisent non pas pour cacher leur identité comme les héros classiques mais pour renoncer au patronyme hérité d'un ancêtre qui n'est pas de leur espèce, tout comme Malcolm X renonce à son nom d'esclave. Métaphoriquement ou explicitement, les comics deviennent politiques. Héraut de la nation ou, plus précisément, du pouvoir militaire américain, Superman, trop figé pour pouvoir évoluer, s'apparente de plus en plus à une icône conservatrice et propagandiste.
Il n'est plus un personnage comme les autres mais un symbole monolithique, inamovible. En 1969, Bobby Seale, cofondateur du Black Panther Party, ne fait pas de mystère sur l'image de l'ancien défenseur des opprimés : "Ce gouvernement, avec ses notions de Superman et ses bandes dessinées… Nous le savons bien, Superman n'a jamais sauvé aucun Noir !"
C'est la fin de l'Âge d'argent. En 1970, Jack Kirby quitte Marvel pour DC Comics. Mort Weisinger part à la retraite. Marvel publie Conan pour s'éloigner des super-héros. Stan Lee commence à parler de drogue dans The Amazing Spider-Man #96-98 en outrepassant le Comics Code. Viens ensuite l'âge moderne du Comics avec des héros plus en phase avec les problèmes récents. Terrorisme, réchauffement climatique, défauts dans la politique internationale, crises des missiles de Cuba en 1962 (année de l'apparition de Hulk et Thor, capables de faire autant de dégâts qu'un missile.), fin de la Guerre Froide. Le monde n'est plus divisé en deux blocs, les lecteurs ont perdus leurs repères et sont bientôt imités par leurs héros. En 1974, le scandale du Watergate débouche sur la démission du président Richard Nixon. Ajoutée à la protestation contre la Guerre du Vietnam, l'affaire entraîne une perte de confiance des Américains envers leurs dirigeants et leurs institutions. Captain America se fait le porte-parole de cette désillusion dans une intrigue du scénariste Steve Englehart : "J'ai écrit l'histoire d'un homme qui croyait aux plus grands idéaux de l'Amérique à un moment où le président américain était un escroc." Enquêtant sur un maléfique "empire secret", Captain America a la surprise de découvrir que celui qui tire les ficelles n'est autre que le président américain. Choqué, il remise son costume et son célèbre bouclier au placard… Une nouvelle génération de héros éclot alors, des justiciers urbains rassurants dans un monde violent où la justice semble apathique et le pouvoir corrompu (et inversement). Charles Bronson ou Clint Eastwood (en Inspecteur Harry) l'incarnent au cinéma, The Punisher, impitoyable justicier au discours extrémiste, l'incarne sur le papier. Superman reste quant à lui associé à cet État en faillite. En 1986, lorsque Frank Miller accouche de son époustouflant "Dark Knight", il imagine un Batman dans la veine du Punisher – en beaucoup plus subtil bien sûr -, mais, surtout, stigmatise le pouvoir en caricaturant explicitement Reagan. Miller dénonce les errances de l'ancien acteur et sa sur-utilisation des médias. Et bien sûr, il l'exhibe main dans la main avec Superman, son fidèle lieutenant, que le président appelle affectueusement "fils" ou "brave petit". L'Homme d'acier est passé de l'autre côté, et lors de l'affrontement final entre Batman et Superman, c'est bien ce dernier qui est présenté comme le "méchant". Étendard des USA de la guerre froide, l'amant de Loïs Lane sort des années 1980 avec une image de collaborateur réactionnaire au pouvoir américain. L'Écossais Millar s'amusera d'ailleurs, en 2003, à retourner la situation avec brio dans son "Red Son", dans lequel il imagine Superman atterrir en Russie au lieu de s'échouer à Smallville, devenant de fait le chef du monde communiste, opérant main dans la main avec Staline, l'autre "Homme d'acier". Après une mort momentanée en 1993 , gigantesque coup de pub révélateur du désarroi de scénaristes empêtrés avec un personnage trop lourd, Superman semble définitivement dépassé après le 11 Septembre. Il suffit de lire les derniers albums pour que saute aux yeux l'osmose entre les États-Unis et Batman, super-héros sombre, humain - donc faillible et vulnérable -, affublé d'un ennemi aussi insaisissable et obscur que l'est le monde actuel, loin du manichéisme de la guerre froide de Superman.
C'est dans ce climat qu'apparaissent les œuvres d'Alan Moore à savoir Watchmen et V pour Vendetta. La première série peut-être qualifiée de réaliste (hormis le Dr Manhattan, aucun héros ne dispose réellement de super-pouvoir) où les protagonistes vieillissent, connaissent la corruption, le doute, la folie et la dépression.Le thème central, symbolisé par un smiley qui revient de façon récurrente dans l'album, est le sens de la vie dans le chaos de l'univers. La deuxième série décrit une contre-utopie rappelant étrangement 1984 de George Orwell où un révolutionnaire anarchiste prends les traits de Guy Fawkes, plus célèbre membre de la conspiration des poudres, pour combattre un régime dictatorial. Il se fait appeler "V" et a des méthodes de terroriste qui font néanmoins écho chez le lecteur. Il combat les institutions et la bureaucratie omnipotente pour libérer le peuple de son gouvernement. Moore transforme ainsi un personnage haï par l'Histoire anglaise en un symbole révolutionnaire porteur d'espoir.
C'est ainsi qu'on peut voir combien le monde des super-héros a changé. Les adversaires ne sont plus si facilement reconnaissables qu'autrefois où ils étaient fous ou encore simplement méchants. Désormais, les adversaires peuvent être des courtiers de Wall Street ou des Présidents. Et bien souvent, on réalise que les problèmes du monde moderne ne peuvent pas être réglés avec des super coups de poings.
La bande dessinée de super-héros est remarquable par la grande quantité de ses influence et par l'influence subtile qu'elle a sur le monde. En effet, on retrouve l'héritage de la mythologie dans les cases super-héroïques. Les États-Unis sont un pays d'exilés, des colons sans véritable racine ni histoire commune avant l'Indépendance. Cherchant à créer ce qui est nécessaire à tout peuple, une mythologie, on a vu apparaître les super-héros."Les super-héros cristallisant des fantasmes qui sont en nous depuis très longtemps. Ils s'apparentent peut-être même à la façon dont les Grecs et les anciennes civilisations considéraient les dieux. Des êtres ayant forme humaine, mais supérieurs aux êtres humains à tous égards." dit Dave Gibbons, dessinateur des Watchmen. Chaque héros devient le symbole d'une valeur comme autrefois un Dieu était le symbole d'un phénomène inexpliqué. Batman est le symbole de la Justice. Superman celui du Rêve américain. Wonder Woman, elle, est le symbole de la Vérité, crée en 1941 par Moulton Marston, psychologue et inventeur du détecteur de mensonges à pression systolique. Les super-héros sont l'équivalent des héros antiques, le sang de dieu coulant dans la veine des demi-dieux devient du sang extra-terrestre, les épées deviennent des super-pouvoirs, les armures sont des costumes en spandex, les blasons héraldiques deviennent des logos. Les parallèles existant pourraient être étudiés à l'infini, cette influence du comics s'affirmant ouvertement lorsque Stan Lee fait directement du Dieu Scandinave Thor un super-héros en 1962.
Ce n'est pas seulement la mythologie mais tous les courants artistiques qu'ont peut retrouver dans le comic-book. Le symbolisme dans Promethea d'Alan Moore, le pulp des années 20 dans des séries comme Tom Strong, des références à l'Homme de Vitruve dans la couverture des enfants de l'atome.
Tout ceci est révélateur du fait que les comics sont dû à la collaboration de plusieurs artistes : un scénariste, un dessinateur, un coloriste, un encreur ... Qui tous ont fait des études supérieures et y ont appris l'Art, L'Histoire ou encore la Philosophie et tout ceci se retrouve dans leur travaux. Les Comics sont vraisemblablement le meilleur média de vulgarisation d'idées complexes comme la responsabilité, l'existentialisme (voir Rising Stars de J.Michael Straczynski) ou encore les devoirs civiques au profit d'un grand nombre de lecteurs . Une série sera alimentée par la passion de son auteur et sa capacité à faire passer des idées, le caractère didactique de la bande dessinée est évident. Toute une génération de lecteurs sera alors instruite et inspirée par une culture commune. Les Marines qui lisaient des comic-books dans les tranchées rentrent chez eux et forment une nouvelle classe sociale, le patriotisme est symbolisé par Captain America tout comme ce dernier inspire le patriotisme chez les plus jeunes. On peut aujourd'hui lire des citations de Platon ou de Mary Shelley dans des Comics "mainstream" ou grand public. De plus en plus de titres confrontent le lecteur à ses propres contradictions. En réalité, si les lecteurs comme les personnages ne voient pas Superman en regardant Clark Kent, ce n'est pas dû à la qualité de sa couverture mais bien parce qu'ils ne veulent pas le voir. Ils entretiennent l'illusion d'un héros parfait et inaccessible sans rapport avec le reporter maladroit, car cette barrière même leur évite d'avoir à chercher le surhomme qui est en eux. Le Comics a une capacité d'exaltation de son lecteur qui prends alors du recul et développe une grande capacité d'abstraction. C'est aussi un média aux avantages matériels énormes, il allie l'image à la lecture tout en donnant l'illusion du mouvement à travers l'évolution des cases et celle du son à travers les phylactères (originellement lettres manuscrites sur les toiles sacrée rapportant la parole de Dieu) et les onomatopées, langage universel et sub-lingual. C'est un média extrêmement peu coûteux, qui sert donc de laboratoire scénaristique où l'on peut développer des idées excentriques sans perdre de grosses sommes. C'est à l'origine des controverses sur les adaptations cinématographiques d'Alan Moore qui dit : "Il y a des films merdiques, des disques merdiques, et des BDs merdiques. La seule différence, c'est que si je fais une BD merdique, cela ne coûte pas cent millions de dollars." Cette grande liberté permet de faire des essais qui assurent le renouveau et l'évolution perpétuelle de cet art mal reconnu, l'apothéose de cette liberté apparaît avec la série des Just Imagine crée par Stan Lee où il réinvente les plus grandes icônes de la maison rivale ou encore What if ? Où chaque numéro est construit en posant la question Et si tel ou tel détail précis de l'univers Marvel avait changé ? Et en observant les conséquences possibles selon la logique de l'auteur. Le cinéma adapte sans arrêt des histoires issues de la bande-dessinées ainsi que les jeux-vidéos ou les séries télévisées qui adapte régulièrement des comics à un autre média. L'inverse n'est jamais vrai, on a jamais vu d'œuvres extérieure être adaptée en bande dessinée (à part la série Heroes) mais des œuvres qui ont marqués les dernières générations sont issues du comics : Buffy contre les vampires, V pour Vendetta, Constantine, Sin City, Watchmen, From Hell , ainsi que tout les films basés sur des super-héros. On peut aussi voir une opposition politique entre les deux grosses maisons d'édition Marvel et DC. Marvel ayant toujours montré à travers ses personnages et ses choix éditoriaux une préférence pour le Parti Démocrate tandis que l'attitude conservatrice de DC Comics l'a toujours associé au Parti Républicain. Cette préférence politique est flagrante avec l'apparition de Barack Obama, président démocrate dans The Amazing Spider-man où il est sauvé par le plus populaire des héros Marvel. Les lecteurs de Comic-Book ont aussi appris un forme de morale laïque, propre à leurs héros, où ils ne font peut-être pas confiance aux institutions mais leurs lectures développe chez eux dès le plus jeune âge un sens aigu du bien et du mal. Avec notamment l'apparition de la série Kick-Ass (égalemment adaptée au cinéma) de Mark Millar avec pour simple slogan :"I can't be invisible but i can Kick Your Ass !" poliment traduit par :" Pas de Pouvoirs ? Pas de problèmes.", on montre que le super-héroïsme est avant tout une histoire d'héroïsme et qu'un héros sommeille en chacun de nous. Des civils ont donc repris l'idée des noms de code et des costumes, ces doux excentriques combattent le crime à leur manière et se réunissent sur le site WorldSuperHeroRegistry et échangent sur différentes façons de changer le monde. Mais ces vrais faux superhéros ramènent à d'autres choses plus intéressantes. Par exemple, la fiche de SuperBarrio sur le World superhero registry mentionne cette citation : "I can't stop a plane or a train single-handed, but I can keep a family from being evicted." (je ne peux pas stopper un avion ou un train, mais je peux empêcher une famille de se faire expulser).
A l'heure de la crise, l'Amérique revient à des fondamentaux qui ont fait le succès des Comics à l'époque, à ce mythe du justicier de quartier qui tente, à son niveau, d'améliorer les choses. Derrière ces ados plutôt pathétiques, il faut peut-être lire une volonté sincère d'apporter un peu d'espoir à un pays où nombre de gens n'en ont plus guère. Voilà comment des histoires pour adolescents ont pu façonner un pays, lui donner une mythologie, apprendre la morale à ses jeunes générations et même à son élite, le Comics est un média exceptionnel par sa capacité à toucher toutes les franges de la population.On y perçoit chacune des circonvolutions de l'Histoire américaine alors même que les Comics ont eu une influence occulte et méconnue sur l'ensemble de la culture américaine moderne ainsi que sur l'Art, du pop-art à l'art contemporain.
Ces histoires sont une forme de médiation culturelle qui a pour réel avantage de rendre l'Art accessible à tous et de communiquer des valeurs que personne ne saurait critiquer. Le lecteur y apprends presque sans s'en rendre compte des notions de géopolitique ou encore l'occultisme.
C'est la version moderne du mythe en tant que média, qui sous une apparence didactique transmet des informations et surtout une morale ...