Dis-moi quel type de SF tu lis, je te dirais quel rapport à l'imaginaire tu as.
La SF a tant de visages (tantôt cadre, tantôt fin en soi, avec des infinis de nuances entre les deux) qu'elle est souvent miroir de celui qui la lit. Si l'anticipation ne s'écarte que peu du réel et conviendra aux esprits plus "sérieux", d'autres sous-genres font le grand écart avec plus ou moins de bonheur, même si au bout du compte, comme le précisait Mamoru Oshii lors d'une interview : "la science fiction ne parle pas de l'avenir. En dépit des apparences, c'est le présent de l'auteur qu'elle évoque".
C'est ce caractère multiforme qui fait la grande richesse de la SF, à mon sens, et qui la distingue avantageusement de la Fantasy. Dans ses grandes lignes, en effet, cette dernière s'est jusqu'ici cantonnée à une uniformité narrative qui ne peut que lasser le lecteur manquant de patience (comme moi). Autant on ne peut qu'éprouver de la sympathie pour les elfes, les fées et autres éminentes figures légendaires, autant arrivé à la quarantième histoire de jeune amnésique élevé par une guilde ou une autre (les assassins ont la cote depuis Robin Hobb, mais hélas rare sont les titres à pouvoir rivaliser) et qui découvre qu'il est le fils d'un roi, ou à la soixante douzième quête "united colors of donjons et dragons" qui tourne mal, on finit par se dire que dans cette catégorie, tout reste encore à faire (ou peu s'en faut) (avis aux auteurs interessés ! Côté expérimentation, il y a là un une terre quasi vierge à explorer avec la plume en bandoulière).
Bref, tout ça pour dire qu'en matière de SF, chaque mois apporte avec lui son lot de nouveautés enthousiasmantes (et de navets aussi), aisément identifiables dès leur titre-même. Chercher à livrer ici une liste exhaustive serait me condamner à une quête sans fin (et non, je ne suis pas le fils d'un roi, donc je passe). Je vais donc m'en tenir à ceux qui, pour moi, sortent encore du lot de ceux qui sortent du lot.
Pour rebondir sur ce que j'écrivais en préambule, personnellement, je n'ai jamais trop accroché à la froideur Asimovéenne (sans détester non plus, 'ttention !).Logique, puisque mes préférences à moi iront :
- à Ray Bradbury, qui fait de Mars la rouge une Venise de carnaval fantasmé, mélancolique, cruel et coulé d'or (de lui, je conseille TOUT, y compris ses magnifiques recueils de nouvelles... sans compter qu'il excelle aussi dans le genre fantastique).
- à Philip K.Dick (notamment Siva, l'Invasion Divine, la Transmigration de Timothy Archer, Radio Libre Albemuth, Substance Mort, Ubik et ses recueils de nouvelles), qui fait de la réalité un vaste simulacre et de l'empathie, le remède à tous les maux.
- aux Cantos d'Hyperion (Dan Simmons), pour l'étonnante littérarité de ce Space Opera poético-décadent (par contre, la suite est stylistiquement ca-tas-tro-phique).
- à la Stratégie Ender (Orson Scott Card, dont les nouvelles sont aussi "réjouissantes") pour sa finesse, sa sensibilité, son intelligence et sa thématique zébrée.
- au Guide Galactique (Douglas Adams), pour avoir donné des lettres de noblesse "so british" au champ casse-figure de la parodie.
Et pour les plus mathématiciens d'entre vous, un truc potentiellement enthousiasmant qui traîne depuis des années dans ma biblio, mais que je n'ai pas encore eu le temps de lire : http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-318391
Enfin, une p'tite note de vrai-faux-littéraire-de-fond-d'amphi effarouché : attention à ne pas confondre fantastique et fantasy !



