Bulldog a écrit:Bon le message initial parlait de la création d'un site permettant de faire un lien entre lecteur et écrivains...
Un lien ? Non non non, le but de ce site c'est établir un système de pré-sélection pour contourner l'engorgement éditorial. Ce que ce site propose s'apparente fort à une étude de marché ou à une bourse aux écrivains : les lecteurs-consommateurs votent pour leurs produits préférés que l'éditeur-marchand n'a plus qu'à retenir pour sa future écurie.
Tu connais le système du draft en NBA Bulldog ? Ben c'est à peu près pareil...
Le créateur de ce site, que je connais un peu, est une personne sincère et honnête.
Que les esprits (ce mot sonne mal pour le coup) chagrins projettent leur médiocrité et leur bassesse, c'était prévisible, mais à ce point, ça me sidère...
Sincère et honnête, nul ne l'a mis en doute (à part l'un de mes liens qui attirait l'attention sur le fait que les arnaques sont faciles en la matière, mais que je sache nous n'avons aucun blanc-seing à donner à qui que ce soit).
Marc Lévy et Guillaume Musso aussi sont sincères et honnêtes. Et ils sont aussi mauvais. Rien d'incompatible là-dedans.
[
NDLM: allusion personnelle]
Puis s'il était si prévisible que "les esprits chagrins (je ne croyais pas valoir pour plusieurs) [y] projettent leur médiocrité et leur bassesse", il aurait peut-être fallu en avertir cette personne par avance (puisque tu la connais un peu), ça lui aurait épargné de courir le risque d'être déçu. Du reste cselle semble ne s'être inscrit sur ce forum que pour faire la promo de son site (si c'est le sien) : il n'est pas interdit de venir défendre son bout de gras. Cependant ce mal n'est pas sans remède ! Et comme tu as eu la (mauvaise) idée d'attirer de nouveau mon museau de sale petit roquet plein de fiel et de mauvaise foi (ouaf, ouaf !)sur l'os à ronger de ce site, et bien je propose qu'on en examine d'un peu plus près le discours, ce qui offrira à son créateur l'opportunité d'en défendre le projet.
Que lit-on en premier sur le site
AvantDePublier.com ?
VOTRE MANUSCRIT EST UN BEST-SELLER
ÉCRIRE, LIRE & DIFFUSER ÉQUITABLEMENT
Perso ça me fait vaguement penser à ces courriers qu'on reçoit dans sa boîte aux lettres qui vous annonce : VOUS AVEZ GAGNÉ 15 000 € !!
Or c'est en fait une loterie et tout le monde ne gagne pas 15 000 euros (par contre tout le monde perd l'argent investi — car il y a toujours de l'argent à investir) (j'en profite pour signaler que ce genre d'arnaques est désormais interdite par la loi et punie, informez vos grands-mères

).
Ben ici aussi : tout le monde ne sera pas best-seller, par définition. Faut-il rappeler ce que signifie
best-seller en anglais ?
Puis ça sous-entend que le best-seller est le but unique, l'étalon, le
telos ^^ de la littérature. Ce qui est nul comme conception de la littérature.
Le deuxième slogan est amusant : passe encore pour "diffuser", mais que signifie "lire" ou "écrire"
équitablement ? Peu importe, l'équitable, ça fait branché, ça fait moderne, ça fait soucieux de justice sociale et de redistribution mondiale des richesses, ou je ne sais quoi d'autre.
Bref, grostesque.
Mais on le sait bien tout cela ça n'est que de l'enrobage, voyons le contenu, c'est-à-dire les vidéos :
Seulement 1% des manuscrit proposé aux éditeurs est publié.
1% d'auteurs inconnus arrivent à percer.
D'abord : source ?
Ensuite : 1% de quoi ? De quoi parle-t-on exactement ? De la littérature exclusivement ? Du roman en particulier ?
Le chiffre est trompeur parce qu'il passe sous silence que des milliers de manuscrits sont envoyés aux maison d'édition, et que 1% de quelques milliers, ça fait quelques centaines, ce qui n'est pas négligeable, parce que l'on parle de livres et pas de betteraves ! Que du reste quand les éditeurs en passeraient par AvantDePublier.com, ils n'en publieraient pas davantage, parce que le marché est sa-tu-ré ! Ils s'épargneraient simplement la peine d'examiner tout ce fouillis, mais les auteurs eux, ne seront pas publiés en plus grand nombre.
Selon ce site nous passons donc chaque année
à côté de 99% de talents littéraires qui ne seront jamais connus ou très peu
Ce qui laisse entendre que, en fait, la sélection faite par les éditeurs est arbitraire ! Comme si chaque œuvre était par définition digne d'être publiée !
La vérité c'est que, étant donné les débouchés, le rythme moyen de lecture des gens (et que tout le monde ne lit pas), le rythme de roulement en librairie (qui ne peut pas pour un livre être inférieur à deux semaines —durée qui est déjà extraordinairement courte !), on ne peut
matériellement pas publier plus que ce que l'on publie actuellement (on est même déjà au-dessus) ; et par conséquent que les 99% en question représente un surplus strictement impubliable, non pas par caprice des éditeurs, mais parce qu'ils sont déjà en mesure de publier tout ce qui leur paraît digne de l'être. Donc ces 99% ne sont pas publiés essentiellement
parce qu'ils n'ont aucune valeur littéraire. Je ne dis pas, certes, qu'il n'existe pas des erreurs de jugement chez les éditeurs, bien sûr, qui écartent injustement un bon roman, faute d'en avoir saisi le potentiel, mais c'est négligeable.
On publie trop et la plupart des romans, en plus d'être mauvais, font perdre de l'argent aux éditeurs. Quelques auteurs rapportent énormément tandis que beaucoup ne rapportent rien. Et ça n'est certainement pas en encourageant le best-seller que l'on va améliorer les comptes.
En gros : il y a quelques bons auteurs, il y a quelques auteurs rentables (très rentables) et il y a l'immense majorité des autres qui ne sont généralement ni bons ni rentables, mais qui assurent à l'éditeur une diffusion, une présence, indispensable pour vendre (et accessoirement, pour mettre la pression sur les libraires).
Sur l'une des vidéos de présentation (celle aux écrivains) le responsable du site confond "éditer" et "publier" (sur la vidéo au lecteur il dit même que l'on peut choisir d'"éditer" le livre sur son imprimante : sauf qu'une imprimante ça sert à imprimer, pas à éditer).
C'est plus écologique
Cette blague... Ce qui serait vraiment plus écologique, ça serait de ne pas publier toutes les merdes que l'on publie.
Le ebook doit être un outil et pas une finalité.
Et à plus forte raison le best seller.
Si j'ai bien compris, les éditeurs ont accès aux statistiques générales et en fonction de celles-ci, pourront sélectionner les auteurs les mieux notés, et après seulement consulter les œuvres.
Or, en premier lieu, je doute réellement qu'un éditeur se contente d'une statistique pour déterminer son choix.
Ensuite si l'éditeur n'est pas trop con, il s'inscrira parallèlement en tant que lecteur.
Et dans tous les cas je trouve le principe résolument insultant envers les auteurs et les éditeurs, en plus d'être inefficace. Cela implique que seul en effet la rentabilité potentielle immédiate d'un livre est pris en compte. Comme si les modes ne changeaient pas ! Gaston Gallimard, qui connaissait un peu son affaire, distinguait en plus du best-seller, le long-seller : c'est-à-dire les livres dont on publie chaque année pendant longtemps une quantité assez importante, qui au finale, et sur la durée, se vendent donc beaucoup mieux que les auteurs à la mode. Beckett, Proust, Camus, typiquement sont quelques uns d'entre eux. Or si l'on accepte les principes de ce site, on passe nécessairement à côté de ce genre de livre, qui constituent pourtant le fonds d'une maison d'édition, ce qui fait sa marque, son héritage et sa personnalité. Le best-seller, vous allez investir énormément d'argent dedans, et si par malheur ça ne fonctionnait pas, en perdre autant. Mais ce qui fait la durée d'une maison d'édition et sa solidité, c'est la richesse et la pérennité de son catalogue, pas quelques succès éclatants par-ci par-là.
Quant au comité de lecture à échelle planétaire, c'est vraiment se faire rêver : un comité de lecture, ça n'est pas l'ensemble des lecteurs avérés d'une œuvre, c'est un groupe restreint de
professionnels qui lisent une œuvre en fonction de critères précis (en l'occurrence ici des critères propres à chaque maison d'édition).
Maintenant se pose la question du plagiat : le site recommande de protéger son œuvre avant de l'y publier. Sage précaution, mais en quoi cela va-t-elle vraiment la prémunir contre le plagiat ? Si un type s'inscrit en tant que lecteur, et qu'il tombe sur une histoire qui lui plaît, qu'est-ce qui va l'empêcher de la repomper en la mettant à sa sauce ? Et quand il l'aura fait, et qu'il l'aura publiée chez un éditeur, comment prouver qu'il l'a plagiée sur ce site ?
Un éditeur peut parfaitement procéder de la même façon.
« Tout le monde doit pouvoir écrire et être lu. Cela ne veut pas dire que tout le monde sache le faire. Mais tout le monde a le droit de tenter sa chance. »
Oui et bien, il n'est pas réservé à un petit nombre d'être en mesure d'envoyer son manuscrit chez un éditeur.
J'ai passé de magnifiques moments durant lesquels j'ai donné toute mon âme à un écrit au futur incertain. C'est peu avant de terminer la première version, que je me suis mis en quête du « comment publier ». Différents auteurs m'ont alors fait comprendre le problème... « Nous ne sommes que de tristes inconnus » m'ont-ils dit. Pour un premier roman, sans avoir un nom, être sélectionné par une maison d'édition à compte d'éditeur. c'était pratiquement impossible.
C'est faux, archi-faux ! On n'a jamais publié autant d'inconnus que de nos jours ! Il existe des maisons d'éditions qui se consacrent au premier roman ! Le dernier Goncourt a récompensé un premier roman ! Qui connaissait Jonathan Little avant
Les Bienveillantes ? On peut multiplier les exemples !
La difficulté c'est que en plus d'être inconnus, les aspirants-écrivains sont aussi parfois mauvais ! mais ils préfèrent s'en tenir au fait hautement plus consolateur que c'est leur qualité d'inconnu qui leur interdit d'être publié. Or souvent ces gars-là ont visé immédiatement Seuil, Gallimard, Grasset, etc., qui disposent déjà d'un vivier si grand qu'ils n'ont pas besoin d'auteurs nouveaux, tout simplement !
En fait tout ça c'est comme les classes préparatoires : quand on est recalé à Louis-le-Grand, c'est évidemment parce qu'on nous a préféré le fils du proviseur...
D'ailleurs Bulldog, savais-tu qu'il existe des classes préparatoires aux classes préparatoires ? Exactement selon le même principe que AvantDePublier.com. L'engorgement est tel que plutôt que de refouler les gens en masse, on préfère ajouter une antichambre à l'antichambre. Et quand celle-là sera rempli, et bien, pas con, on en ajoutera une autre !
Voilà ce que les esprits chagrins avaient à formuler, comme réserves, dans un premier temps.
Et pour ceux que la question de la publication travaille, un petit lien :
http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/article-20522323.html.
R*.