Dizneuf a écrit:remarque : défendre la langue française... donc accorder le verbe avec le sujet

Bah... Accord par syllepse avec le COD.

(Mais si cela était, ça compliquerait vachement la chose, étant donné que je prête au verbe deux COD.)
Dizneuf a écrit:tout n'est pas tout blanc ou tout noir, mais bien souvent gris.
Oui ça je confirme...
Et je dirais même que souvent les choses ne sont pas que noires et/ou que blanches.
L'utilisation de
et/ou m'irrite et/ou m'agace parce que c'est une négligence et/ou un illogisme.
Et d'ailleurs pourquoi pas
ou/et plutôt que
et/ou ? Et en ce cas n'y a-t-il pas des cas ou il serait encore plus clair d'écrire
ou/et et/ou et/ou?
Vaste question et/ou pseudo problème !
Quelle est ton avis et/ou ta position sur ça Dizneuf ?
Mon opinion, à moi, c'est que l'on n'a pas par paresse
ou par pusillanimité (ce qui n'exclut pas l'effet conjugué des deux) à laisser son lecteur trancher l'ambiguïté qu'entraîne ce genre d'alternative. C'est trop facile de compter sur l'effort qu'il devra faire, mais c'est lui que ça met dans l'embarras et pas celui qui l'écrit. Sans compter que cela altère non seulement la cohésion syntaxique de l'énoncé mais encore parfois sa cohésion logique !
Car si on décortique cet amalgame malheureux que découvre-t-on ? Qu'il signifie en fait « et
ou ou ». C'est-à-dire que c'est le jumelage d'une addition (et) et d'une disjonction (ou), ce qui porte bien évidemment presque toujours à faux.
Entendu un jour dans un reportage sur les joyaux des tsars : « Au cours du sacre, cette couronne était portée par la reine et/ou les princesses. »
Or il n'y a qu'une seule couronne et l'on ne s'amusait pas à les échanger au cours de la cérémonie, donc la conjonction
et est à exclure, à moins d'apporter des précisions supplémentaires.
Et voyons ton exemple :
Dizneuf a écrit:pourquoi quitter la CEE plutôt que de faire changer et/ou adapter certaines choses ?
Qui se reformule aisément en :
Pourquoi quitter la CEE plutôt que de faire changer certaines chose ou de les adapter ?
Mais qui ne se reformule pas en :
Pourquoi quitter la CEE plutôt que de faire changer certaines chose et de les adapter ?
sans former un pléonasme frontal.
Car, contrairement à ta justification :
Dizneuf a écrit:on peut changer sans adapter / adapter sans changer => ou
changer et adapter => et
L'adaptation est une espèce de changement, du moins elle implique un changement. Donc dire qu'on va adapter certaines chose c'est déjà dire qu'on va les changer. L'emploi du
ou peut en revanche se lire comme une nuance apportée à la notion de changement :
Pourquoi quitter la CEE plutôt que de faire changer certaines chose ou [sous-entendu, "ou, du moins"] de les adapter ?
dans la mesure que ce changement affirmé seul, pourrait donner l'effet d'être trop radical (notamment il peut impliquer que l'on modifie considérablement les choses en fonction d'un autre but), tandis que l'adaptation dénote quelque chose de plus souple et orienté toujours vers la même fonction.
Puis comment la prononce-t-on cette chimère conjonctive (nouvelle espèce de conjonctivite en vérité) ? « éou » ?
Réfléchissons alors à son effet
à l'oral : passe encore que l'on se force à relire une phrase pour embrasser les deux branches de l'alternative qu'elle offre puisqu'on a toujours cette phrase sous les yeux, mais comment fera-t-on à l'oral ? En une seconde il faudrait décider si l'on choisit
ou plutôt que
et, ou l'inverse, ou les deux ?
Partant ce que l'on croira être un supplément de précision s'avèrera jeter l'auditeur dans le flou. À quoi bon s'encombrer alors d'une conjonction qui ne s'appliquera qu'à l'écrit et qui jettera tout le monde dans l'expectative quand on lira à haute voix le texte où on la trouve ?
Je renvoie pour étayer mon dire à Jean-Pierre Lacroux :
L’exemple de robes est très intéressant. En effet, on ne peut vouloir « une
robe rouge et verte », du moins en français, mais :
une robe rouge et vert,
une robe rouge ou verte,
des robes rouge et vert,
des robes rouges et vertes,
des robes rouges ou vertes.
Chaque accord renvoie à une réalité différente, avec une extrême précision.
Ici, le « et/ou » permettrait aux amateurs de néographie de doubler la mise et
d’introduire, grâce à sa prétendue « logique », un b***** inextricable :
Je veux des robes rouge(s) et/ou vert(es). Je renonce à compter le nombre
de possibilités ainsi offertes…
Je partage l’avis de M. Billard (et de J. Melot) : le « et/ou » est une marque
d’insuffisance (et/ou de suffisance…) conceptuelle et grammaticale ; mais ce
n’est pas une maladresse, c’est une habileté…
Faire croire que l’on améliore la précision en usant d’un machin qui la
détruit, c’est fort…
>Il faut reconnaître que ce et/ou est parfois pratique pour celui
>qui s’en sert, car il permet d’éviter de longues périphrases.
Il permet surtout d’éviter la mise au clair de la pensée… ce qui est le
comble du « pratique »… (Le reste de votre message montre que nous
sommes d’accord sur ce point.)
Je crois que le souci stylistique existe chez les maniaques du et/ou, mais il
ne vise pas à éliminer les périphrases. Oh ! non… La preuve : leurs textes en
sont farcis ! Leur quête est ailleurs : ils tentent de se conformer à un modèle
surévalué.
Quant au fameux et/ou… on lui trouve des vertus logiques mais on se
garde bien d’envisager sa négation… Il est vrai que le moindre ni ni serait dangereux
pour sa réputation.
Je suis allergique au et/ou, mais je ne cherche pas à prouver que ou est par
défaut inclusif…
Je suis allergique à et/ou, car cette chose est née de la confusion entre opérateur
logique et conjonction. Qu’un opérateur puisse avoir la même gueule
qu’une conjonction, c’est certain, mais cela n’entraîne pas mécaniquement
que l’association de deux opérateurs engendre une nouvelle conjonction…
Qui a jamais entendu un et/ou oral émis par un individu sensé ? Alors que
la plupart des opérateurs sont représentés par des signes non alphabétiques
qui se lisent sans problème, ce machin qui associe les deux conjonctions
les plus employées offre la particularité d’être une cheville strictement graphique…
inutile de lire des textes imbitables pour
s’apercevoir que la conjonction et/ou est une pseudo-conjonction ne
correspondant pas à une opération élémentaire de notre pensée, du moins de
la pensée des francophones (pour les autres, je n’en sais rien). Avez-vous
déjà entendu un de vos interlocuteurs l’employer spontanément à l’oral pour
« préciser » par exemple une situation de sa vie quotidienne ou la nature d’un
sentiment ? Ce machin moche et inutile est prononcé (lourdement) à la
lecture ou, tic jargonnesque, à la restitution partielle de textes où il figure. C’est
un artifice graphique, rien de plus, il n’appartient pas (encore) à notre langue.
Jean-Pierre Lacroux
Orthotypographie article « Et, Esperluette » (p.447 et suiv.)
(Pas de problème soulevé par "les droits d'auteur", l'œuvre étant en accès libre
ici.)
Et enfin
last but not least (et que Lacroux je crois n'envisage pas), cet hybride barbare présente le défaut non négligeable de créer un précédent vertigineux. Si on l'accepte pourquoi ne pas accepter à sa suite des
car/pourtant, des
bien que/même si (et je laisse les gens se démerder pour l'accord du verbe introduit par celui-ci), des
ambigu/ambivalent, des
regret/remord, etc. ?
Dizneuf a écrit:quoiqu'il en soit, la question demeure : pourquoi une position si peu nuancée ?
le mieux serait donc de répondre à la question, et si possible de manière synthétique.
Si la question s'adressait à moi au sujet de l'emploi calamiteux de
et/ou, j'ai l'impression d'avoir répondu. Mais j'ai l'impression qu'elle s'adresse plutôt à François Asselineau. Or je t'ai posté un lien, que te faut-il de plus ? Que je l'explore à ta place ?
R*.