Steph257 a écrit:Je ne vois pas où est l'orgueil dans le fait d'envisager des modèles qui n'existent pas encore ou qui échappent à la raison. Il faut bien tout le contraire de l'orgueil, car cela suppose qu'on peut se tromper et de l'accepter. Et justement, l'orgueil s'expose aux coups (enfin, c'est proportionnel à la charge d'orgueil dont on s'alourdit inutilement).
Admettons. Je pense surtout que le problème rationnel-irrationnel est mal posé comme tu le dis plus haut. On peut trouver des raisons à tout et tout expliquer mais : ça ne vaut pas forcément le coup (ça peut même être absurde), et toutes les raisons ne sont pas de même nature.
Précision : je penche pour l'intuitionnisme en philo.
Steph257 a écrit:Je vois essentiellement dans la figure (certes caricaturale) du rationaliste: la peur de se tromper, de l'inconnu, bref de s'abimer l'orgueil. Et je peux me tromper car je n'ai ni compétences universitaires ni prétention en philosophie. Simplement le plaisir de discuter.
Ça rejoint l'argument théologique chrétien : qui se sert de sa raison est orgueilleux parce qu'il croit pouvoir être en mesure de s'affranchir de sa condition de créature et percer les les voies divines qui, comme on le sait, demeurent impénétrables.
Il faut comprendre que c'est précisément ce genre de caricature que l'on dresse pour instiller dans les esprits le mépris de la raison. Mais qui peut prendre au sérieux de telles caricatures ? La raison nous enseigne aussi jusqu'à quel degré raisonnable de raison on peut se hisser. Pas besoin de ce genre d'épouvantails religieux pour lui tenir la bride...
Je me représente la raison comme suit : elle et le monde sont solidaires et tous deux sont continus, mais non pas homogènes, donc plus celle-là plonge dans les entrailles de celui-ci, moins il lui est aisé de coïncider avec lui. Ce n'est pas là cependant un argument en faveur d'un abandon de la raison au profit d'une capacité supra rationnelle qui vaudrait dans un supra monde inaccessible à elle, mais tout au contraire un appel à transfigurer sa raison en fonction des nouvelles contraintes qu'elle rencontre au fur et à mesure de son avancée, aux prises qu'elle est avec le repli toujours plus intime des choses. Cette transfiguration, ou transmutation, s'apparente davantage à un assouplissement considérable, à un raffinement alchimique de notre raison, si profond et parfois si rapide, lorsqu'elle s'appuie sur une expérience forte qui la catalyse, qu'elle paraît en effet être non seulement d'un autre ordre, mais carrément d'une autre nature. Mais c'est là une illusion, similaire à celle que peuvent connaître les adolescent qui grandissent trop brusquement, et qui sont saisis de vertige par les évolutions et les élans inconnus d'un corps nouveau.
Steph257 a écrit:Et il faut parfois mille spéculations irrationnelles pour aboutir à une seule qui deviendra rationnelle.
Bien sûr, et c'est heureux, mais la spéculation ne sera pas devenue rationnelle, comme tu dis, au sens où elle aurait passé de l'irrationalité à la rationalité (on se demande bien comment) seulement elle aura été tout à coup aperçue comme étant telle, parce que à ce moment là la raison aura "grandi".
R*.
[édit : un changement bénin d'auxiliaire.
