La dictature des notes

Découverte de la douance, éducation et école
Modération a priori

Re: La dictature des notes

Messagepar Numéro 6(x2) » 02 Décembre 2010, 15:31

septembre a écrit:Tout ce que je vois, c'est cet article de Brighelli qui ne m'a pas du tout convaincu.


Effectivement. Il fausse "un peu" le débat initial en le déplaçant de manière implicite, car :

On peut être contre la suppression de la notation pour les raisons qu'il évoque.
On peut être contre la suppression de la notation pour d'autres raisons (c'est mon cas).On peut être contre la suppression de la notation et en désaccord avec l'article, par conséquent (c'est mon cas aussi, à quelques passages près).

Répondre au questionnement générique avant d'avoir lu l'article en question m'a permis d'éviter l'écueil, mais ce n'était pas un calcul de ma part, juste de la fénéantise. :D

Comme quoi Shakespeare avait raison : le vice, dans certains cas, peut se faire vertu...
Merci à lui, ça m'arrange bien ! :mrgreen:

Parce qu'après, même s'il est probable qu'on ne s'affranchira jamais de la subjectivité des enseignants dans l'évaluation des élèves, il n'est pas dit non plus qu'on ne trouve pas un système plus objectif (selon des critères dont la légitimité se fonderait sur des consensus établis à plus grande échelle que celle de l'enseignant isolé) que celui en l'état. Un système "plus juste", quand bien même ce jugement (de ce qui est juste et ce qui ne l'est pas) serait également subjectif.


Certes, mais est-ce que ce (petit ?) "mieux" vaudra tant d'efforts et de gorges chaudes, c'est une autre question (je reprécise que moi non plus, je n'ai pas suivi le débat officiel, et que j'ignore pareillement ce qu'on propose à la place). Je suis vraiment convaincu (et je pense qu'on le sent) que le rapport "effort"/"gain" frôlera l'Ubuesque. Après tout, ça ne serait pas la première fois. :)

L'autre question à poser, que j'ai effleurée dans mes précédents messages est : gagnerions-nous vraiment à établir un outil d'évaluation plus objectif ? En d'autres termes, la subjectivité, dans une certaine mesure, n'est-elle pas souhaitable en la matière ? Faut-il vraiment tendre à l'évacuer, quand elle a pignon sur rue dans quelque milieu que ce soit ?
C'est une question ouverte (j'ai donné quelques ébauches de réponses personnelles précédemment, je ne fais pas plus long, je me fais déjà l'effet d'un junkie au forum, ces derniers temps...)...
ça nous renvoie d'ailleurs plus largement, il me semble, à la question de la perfection, d'une certaine manière : est-ce que la perfection absolue n'est-elle pas, à sa manière, une imperfection ? Surtout en contexte humain ?
A débattre.

Je pense, de toute façon, que ce débat est condamné à vite tourner en rond, aussi longtemps qu'on ne saura pas ce qui est proposé en lieu et place. Quelqu'un ici saurait ? Pour ma part, j'ai du mal à concevoir un outil tendant à l'objectivisation de l'évaluation qui, dans le même temps, pourrait tenir en compte de la subjectivité de l'élève. ça me paraît un brin contradictoire.

Je pense qu'il n'y a pas "des problèmes", qu'on règlerait point par point en cochant des cases, mais une condition globale à améliorer.


Là, ça va être plus court :

Absolument !
Numéro 6(x2)
 

Re: La dictature des notes

Messagepar -R- » 02 Décembre 2010, 19:11

Cyril a écrit:Dernièrement, l'Association de la Fondation Étudiante pour la Ville a lancé un appel à la suppression des notes en école primaire élémentaire. Le texte a entre autres été signé par des personnes telles que Richard Descoings, François Dubet, Boris Cyrulnik, Axel Kahn, Daniel Pennac, Michel Rocard ou Marcel Rufo.


Ah ouais, la crème de la crème une fois de plus... :roll: (Je parle de de la crème des pieds, évidemment, :D )

Toujours les mêmes coteries médiatico-scientifico-universito-lobotomisées pour divulguer leur prêchi-prêcha prémâché. Il y en a marre, mais marre... Jamais il leur arrive de douter un peu de leurs bonnes intentions, et de remettre un peu en cause leur position "d'intellectuel dominant" ? Un jour au Salon du Livre j'avais été à deux doigt d'entrer en conflit avec M. Kahn, lors d'une de ses interventions publiques sur l'eugénisme (ou un truc dans ce goût). Je m'étais prudemment retenu, mais je crois qu'un jour il faudra que je me lâche...
Toute cette cliquaille de volatiles superficiels et nantifiés n'est bonne qu'à se faire lustrer le plumage dans les colonnes béates du courrier des lecteurs de Télérama...

Je suis assez déçu que Rocard s'accoquine avec des charlots pareils...

Je signale quand même que pour les gens que n'étourdissent pas les brailleries laudatives et univoques des clairons médiatiques il existe de vrais professeurs qui se battent dans l'ombre pour que survive encore au moins l'honneur de l'enseignement français. Mais eux on en parle pas, parce qu'ils n'appartiennent pas aux petits cercles cooptés de malfrats intellectuels parisiens dont les journaux se font l'automatique écho. Et il faut aussi comprendre pourquoi ces petits marquis militent pour de telles aberrations, car la dégradation du niveau de l'instruction leur garantit un auditoire toujours plus large, attendu que, en effet, si les gens étaient instruits, ils ne liraient pas Cyrulnik ou Pennac !

Les notes je suis évidemment POUR, et particulièrement en primaire. C'est après que l'on en a plus besoin...

En ce qui regarde Brighelli, il faut savoir que après qu'il eut l'impertinence de clamer haut et fort ce que tout le monde constatait tout bas, il s'est fait ni plus ni moins éjecter du jury du CAPES, sine die ! Alors les "attaques personnelles" qu'on peut lui imputer ne pèse pas bien lourd...

Sans développer outre mesure (je suis trop en colère et j'en ai assez de devoir expliquer des évidences) je vais me contenter de dire deux choses :

— On ne remet en cause le système de notation que parce que l'on n'ose pas remettre en cause la vacuité du programme, persuadé que l'on est par les sottises dogmatiques des pédagogues que c'est le meilleur programme qui soit. Comme l'enseignement est nul et confus les élèves sont perdus et ne comprennent rien, partant ils ne s'appliquent pas et sont incapables d'avoir de bonnes notes. On commence par ne rien leur apprendre, puis on les note sur ce qu'ils ne peuvent avoir clairement compris, du coup ils dépriment, normal. Mais on met cela sur le dos des notes au lieu de s'apercevoir que c'est le programme qui est à revoir. Comme d'habitude l'avancée du mal empêche de voir la nature du remède à appliquer.

— Anecdote personnelle : lorsque j'étais en CE1 je n'avais rien besoin de réviser, ni même d'apprendre et j'avais 20 de moyenne. Or ma prof ne m'aimait pas, elle me trouvait prétentieux-susceptible-envahissant-etc. Si j'avais dû m'en remettre à son "appréciation" et non à des notes il est clair qu'elle m'aurait renvoyé une image de "mauvais élève" ou du moins d'"élément perturbateur", en tout cas une image négative fondé sur la mauvaise opinion qu'elle avait de moi, éclipsant de facto de son jugement les facultés réelles dont je disposais. Mais, même si je savais qu'elle ne m'appréciait pas, je savais aussi que les 20 que j'obtenais sanctionnaient des qualités réelles et c'est à cela que je me suis accroché afin de garder confiance en moi. Supprimez les notes et vous êtes certains que les élèves seront encore plus perdus qu'avant et encore moins sûrs d'eux. Une appréciation dépend du prof, qui sur ce point est tout particulièrement faillible ; une note offre un critère objectif qui ne laisse pas de place à des questions d'humeur ou d'égo. Un élève peut être insupportable et paresseux, mais quand il a 20 il a 20, point barre. Et un autre peut être mignon, gentil et dévoué mais ce n'est pas cela qui fera que ses mauvais devoirs deviendront bons. L'école sanctionne des capacités intellectuelles, pas des personnalités (sauf dans les systèmes totalitaires...) ou des "efforts".


Heureux les simples (d'esprit), le Royaume des cieux est à eux !


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Re: La dictature des notes

Messagepar Numéro 6(x2) » 03 Décembre 2010, 11:01

R, ça n'engage que moi mais vous évacueriez tout le côté "règlements de compte à OK Corral" de vos exposés, vos interventions gagneraient en percutance ( :D ), en objectivisation et en force de persusasion !

Par principe, je ne peux pas vous suivre sur un mépris sans doute légitime, mais qu'il faut avoir l'honnêteté aussi de s'appliquer à soi-même quand on choisit cette voie (en tout cas est-ce ma position). Cependant...

On ne remet en cause le système de notation que parce que l'on n'ose pas remettre en cause la vacuité du programme, persuadé que l'on est par les sottises dogmatiques des pédagogues que c'est le meilleur programme qui soit. Comme l'enseignement est nul et confus les élèves sont perdus et ne comprennent rien, partant ils ne s'appliquent pas et sont incapables d'avoir de bonnes notes. On commence par ne rien leur apprendre, puis on les note sur ce qu'ils ne peuvent avoir clairement compris, du coup ils dépriment, normal. Mais on met cela sur le dos des notes au lieu de s'apercevoir que c'est le programme qui est à revoir. Comme d'habitude l'avancée du mal empêche de voir la nature du remède à appliquer.


Oui.
C'est parfaitement analysé et retranscrit.

Le reste était-il vraiment nécessaire ?
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Re: La dictature des notes

Messagepar septembre » 03 Décembre 2010, 12:47

A Cyril

Je comprends ce contre quoi essaye de lutter Brighelli.
Effectivement, donner l'illusion que chacun est naturellement l'égal d'un autre pourrait avoir de néfastes conséquences.
Une abolition pure et simple du système de notation, qui, en mettant en évidence de trop flagrantes différences, et bafouant par la même le principe selon lequel nous serions tous égaux par nature, pourrait être perçu comme une volonté d'entretenir cette illusion.

Seulement, l'abolition des notes, comme l'a souligné Adeled, ne signifie pas forcément la fin de toute évaluation.

Si on s'efforce d'établir des critères d'évaluation "objectifs" (qui correspondraient peu ou prou aux compétences qu'un individu doit acquérir pour être performant au sein d'un secteur), et qu'on adapte le système d'évaluation à ces critères, alors, en plus de participer à une meilleure justice "distributive", cela aura comme conséquence une meilleure répartition des capacités, que de simples notes, en noyant toute appréciation de l'individu au sein d'un jugement relativement grossier, et n'étant de toutes façons pas suffisantes, à elles seules, pour endiguer des dérives telles que les privilèges de "filiation", ne sont pas aptes à garantir.

Si la loi du plus fort (qu'on opposerait à la justice distributive) est celle qui prévaut à l'heure actuelle, il faut trouver des systèmes qui soient à même de réduire l'impact de cette force qui s'exerce.
Le système de note est un moyen. Mais s'il permet effectivement de donner du poids aux qualités (aux mérites) de l'individu, il n'est pas non plus semble t-il un moyen optimal ou suffisant. Le remplacer par un moyen d'évaluation qui, mieux que les notes, mettrait en évidence les capacités et les faiblesses de chacun, pourrait assurer une meilleure répartition des tâches (selon une justice distributive et à condition que ce moyen acquiert un poids politique à la mesure de sa pertinence selon cette même justice) dans la société.

Cela dit, on parle d'enfants là. Avant de décider de ce en quoi ils sont doués et de ce en quoi ils vont être utiles, il convient de cultiver en eux un maximum de goûts.
Si les notes sont un moyen de mettre en évidence des aptitudes et des faiblesses et sont un moyen de stimuler l'apprentissage ou de cibler celui-ci, il n'en reste pas moins qu'elles constituent un frein à l'ouverture d'esprit et à la connaissance de soi-même, en stigmatisant ce qui a conduit à avoir une mauvaise note et en glorifiant ce qui a conduit à en avoir une bonne.
Au final, il y a perte d'information. Tout n'est pas forcément à jeter dans une démarche donnée, comme tout n'est pas forcément à garder.
C'est là, pourrait-on dire, que le rôle de l'enseignant prend tout son sens. Mais, que l'enseignant puisse pallier ces lacunes dans une certaine mesure ne doit pas dispenser de chercher de nouveaux moyens plus fiables et plus performant, toujours dans la perspective d'un meilleur développement des individus et d'une plus grande justice.

A Numéro 6

Certes, mais est-ce que ce (petit ?) "mieux" vaudra tant d'efforts et de gorges chaudes, c'est une autre question

A laquelle je serais bien en peine de répondre.

L'autre question à poser, que j'ai effleurée dans mes précédents messages est : gagnerions-nous vraiment à établir un outil d'évaluation plus objectif ? En d'autres termes, la subjectivité, dans une certaine mesure, n'est-elle pas souhaitable en la matière ? Faut-il vraiment tendre à l'évacuer, quand elle a pignon sur rue dans quelque milieu que ce soit ?
C'est une question ouverte

Et trop ardue pour moi...
Cela dit, comment établir la "certaine mesure" à partir de laquelle on décide de lacher la bride à la subjectivité?
Autrement dit, si on accepte les notes comme outil d'évaluation, selon quels critères l'accepte t-on et pourquoi constituerait-il le point d'équilibre à ne pas franchir?

La question devient alors : quels sont les objectifs qu'on se fixe?

ça nous renvoie d'ailleurs plus largement, il me semble, à la question de la perfection, d'une certaine manière : est-ce que la perfection absolue n'est-elle pas, à sa manière, une imperfection ? Surtout en contexte humain ?

C'est surtout une chimère.
Mais je crois saisir le point où tu veux en venir. (ou pas)
Finalement, quels objectifs poursuit-on à travers tous ces efforts que nous deployons?
Sur la base de quels critères peut-on (doit-on) juger les avancées de notre civilisation?

Pour ma part, j'ai du mal à concevoir un outil tendant à l'objectivisation de l'évaluation qui, dans le même temps, pourrait tenir en compte de la subjectivité de l'élève. ça me paraît un brin contradictoire

Moi itou.
Et ça me donne mal à la tête rien que d'y penser.
Je crois qu'il ne s'agit pas d'objectivité à proprement parler. On ne connaitrait pas forcément mieux les élèves à travers cette évaluation. Il s'agirait plutot d'une évaluation définie objectivement selon les répercussions bénéfiques qu'elle aurait à court, moyen et long terme sur la société et sur les gens, elles-mêmes définies subjectivement en fonction de ce que devrait être la société et les gens. (ce qui sonne quelque peu lugubre).

Bon, je commence à dérailler, je crois.
Je suis fatigué.

A R :

Comme répondu à Cyril, ce n'est pas parce qu'on supprime les notes qu'on renonce à toute évaluation de l'élève. Ta propre expérience en la matière met seulement en évidence qu'un système d'évaluation "le plus objectif" possible est nécessaire.
Si on remplace les notes par un système meilleur, je ne vois pas quelles raisons aurait-on de s'en priver.
Mais si, effectivement, elles sont supprimées purement et simplement au nom d'une "égalité" naturelle entre personne, alors cette réforme est probablement une erreur.
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Re: La dictature des notes

Messagepar Cyril » 03 Décembre 2010, 16:44

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Re: La dictature des notes

Messagepar -R- » 04 Décembre 2010, 08:55

Numéro 6(x2) a écrit:Le reste était-il vraiment nécessaire ?



Ben oui, il faut bien que je me chauffe un peu avant d'écrire. C'est en fulminant que les idées me viennent.
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Re: La dictature des notes

Messagepar Cyril » 04 Décembre 2010, 13:10

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Re: La dictature des notes

Messagepar Numéro 6(x2) » 04 Décembre 2010, 16:06

-R- a écrit:Ben oui, il faut bien que je me chauffe un peu avant d'écrire. C'est en fulminant que les idées me viennent.


Ha mais si c'est un Mantra, je n'ai rien dit, alors...
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Re: La dictature des notes

Messagepar Numéro 6(x2) » 04 Décembre 2010, 18:41

@Septembre :

En bref, parce qu'une fois de plus, je me retrouve bien dans tes propos :

Ce qui me gêne ici, trivialement, c'est qu'on s'apprête (éventuellement) à lâcher quelque chose qui fonctionnait à peu près, pour le troquer contre quelque chose qu'on nous promet "mieux", mais qui ne l'est qu'en théorie, et qui ne fonctionne (pour l'instant) que dans un bureau à l'écart du monde, sur les feuilles de notes d'un expert coupé de toute réalité.

Pour moi, cela revient à lâcher la proie pour l'ombre, et à tenter un quitte ou double risqué : si nous n'avions rien à y perdre, si la question des notes dénotait d'une vraie crise, passe encore qu'on joue le tout pour le tout. Mais en voulant faire mieux, on s'expose aussi à la possibilité d'un pire alors qu'au fond, les notes, ben elles assurent quand même une bonne partie de leurs attendus.
Il s'agirait plutot d'une évaluation définie objectivement selon les répercussions bénéfiques qu'elle aurait à court, moyen et long terme sur la société et sur les gens, elles-mêmes définies subjectivement en fonction de ce que devrait être la société et les gens. (ce qui sonne quelque peu lugubre).


Parce que ça l'est.
Bienvenue dans "le meilleur des mondes"...

Et puisqu'on en parle :

R a écrit : Heureux les simples (d'esprit), le Royaume des cieux est à eux !


Ha oui ? Et pourquoi personne n'a jugé bon de m'amener les clés de mon domaine, alors ? C'est pas vrai, ça ! Faut toujours que j'ai des infos de seconde main, y compris en ce qui me concerne ! C'est rageant ! Mais que fait Wikileaks ? :evil:
Numéro 6(x2)
 

Re: La dictature des notes

Messagepar sushi des bois » 05 Décembre 2010, 16:54

R renie Pennac ? Vraiment, j'en ai honte pour toi. Allez, je mets ça sur le compte de la jalousie.
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