PREMIERE
PARTIE : cheminement jusquà Mensa
Pour adhérer à Mensa,
il faut remplir au moins l'un des deux critères suivants : QI ou réussite au
test dentrée. Il existe cependant un cheminement personnel important avant de
prendre un rendez-vous chez un psychologue ou de sinscrire à une séance de
tests. Cette première partie concerne cette étape ainsi que celles qui suivent
lannonce des résultats avec, surtout, ladhésion à Mensa.
Pourquoi as-tu voulu passer des tests ?
Trois grandes
lignes ressortent des réponses.
Plaisir et
curiosité
Il y a ceux qui connaissaient
déjà Mensa et qui ont voulu passer des tests pour
« retrouver du monde » ou
« rencontrer
dautres Mensans, des gens qui me comprennent », « rencontrer dautres
personnes comme moi » ou « pour mieux me connaître ». Dans
cette même optique, il y a des Mensans qui ont passé les tests par « curiosité » ou « pour le plaisir des tests »,
voire pour « confirmer des tests anciens passés dans
lenfance » ou à loccasion de tests de recrutement.
Demande
extérieure
Pour dautres, la demande est
extérieure. Ce nest pas venu directement « de
moi », mais des autres, « ma fille » ou « mon mari »
qui mont poussée ou demandé de le faire. Lenvie de passer les tests est venue
également dune recherche personnelle après la détection de précocité intellectuelle
de mon/mes enfant(s). Il sagit donc dune recherche liée à une histoire par
rapport aux proches. « Javais très peur » reconnaît une Mensane.
Crise
identitaire
Les tests sont aussi une réponse
à « une crise
identitaire », « un sentiment de
solitude, de décalage ». La majorité des réponses porte en
effet sur lenvie de
« confirmer des impressions », pour « valider ou pas cette caractéristique HQI. »
Il sagit là-aussi dune recherche issue dun cheminement personnel. Ainsi,
plusieurs personnes « cherchaient à savoir si leurs difficultés, leur étrangeté,
étaient imputables au HQI, pour savoir si je pouvais trouver une solution à mes
problèmes. »
Dans le même ordre didée,
certains vont encore plus loin en donnant au résultat des tests le droit de
juger définitivement si jétais « con », « intelligent ou bête » :
« massurer que je
nétais pas le con que certaines personnes voulaient faire de moi ». Ce défi lancé à soi-même
aboutit à chercher ses limites « Chiche, le nouveau défi, cest dentrer à Mensa. »
Quas-tu ressenti à la découverte des résultats ?
A part
ceux qui le savaient déjà, la grande majorité des Mensans a ressenti de la joie, de lapaisement, de leuphorie, de la fierté
« Comme un brouillard
qui sévapore ». « Les résultats des
tests mont permis de mieux m'accepter, de me comprendre et de moins me juger», « cela m'a permis de retrouver confiance en mes
capacités ». Deux réponses parlent de
« vide
émotionnel. »
Le
plaisir du résultat a été ensuite, pour beaucoup, rapidement suivi par de
linquiétude et des questions : «Deux sentiments contradictoires :
soulagement et doute : si ce nétait pas vrai ? »
Les
doutes et questionnements prennent plusieurs formes :
-
un HQI, à quoi ça sert ?
-
intelligence innée ou acquise. Alors, mes enfants ?
-
obligation de faire (
de nouveau) face à moi-même
-
jai toujours un doute
suis-je
vraiment haut potentiel, jai du mal à y croire ; je pense surtout que je
ne suis pas comme les autres. Par contre, si je suis vraiment haut potentiel
colère : quelle perte de temps (je
parle de toute la première partie de ma vie où je me suis laissée persuader que
jétais nulle !)
Certains
qui le savaient ont ressenti quand même un soulagement : « Je crois que je le
savais déjà », « Jai ressenti un soulagement car javais enfin pu mettre un
mot sur ma différence », un autre a
seulement été surpris de réussir le test de compréhension verbale, une autre
« Je
nai pas été surprise car javais passé des tests à 14 ans et je savais avoir
un QI élevé. Mon fils a passé le test en même temps que moi, nous nous sommes
donc inscrits tous deux à Mensa après avoir reçu les résultats. »
Pensais-tu que l'adhésion à Mensa pouvait constituer
un complément à ta recherche initiale ?
Pour presque tous, la réponse
est positive. Vu que les termes « recherche initiale » restent vagues,
chacun peut attendre de Mensa ce quil est venu chercher. Ainsi, sans le
détailler, une Mensane parle de « plaisir salutaire », un autre, « dune suite logique »
au passage des tests.
Parmi les réponses plus
détaillées, trois catégories se détachent qui rappellent dailleurs les
réponses aux deux questions précédentes. Ainsi, ladhésion à Mensa apparaît
comme une étape complémentaire logique au passage des tests.
Une identité, une appartenance
« Je voulais appartenir à une catégorie, je
nétais plus seule sur terre. »
Des rencontres avec des pairs
Je voulais « sortir du contexte
familial et professionnel, me sentir moins seul dans mon parcours de
vie », «rencontrer dautres
Mensans », « rencontrer des gens à haut QI, même si jai été déçu. »
Obtenir des réponses
Je pensais « parler de mes
interrogations sur des questions sans importance »,
« mouvrir à
dautres réflexions », « avoir des conseils sur la façon de mintégrer à la société ».
Certains restaient néanmoins « sceptiques sur ce
que Mensa pouvait leur apporter » et sont venus par « curiosité, ce n'est qu'une piste. J'ai surtout pensé que
c'était un moyen, plutôt qu'un but ».
DEUXIEME PARTIE
: la découverte de Mensa
Mensa peut-elle constituer un complément à tes
ambitions, motivations initiales ?
Même si cinq réponses sont
négatives à cette question, la lecture des réponses positives montre que Mensa
aurait une fonction intéressante pour ses membres. Ainsi, un Mensan pense que
lassociation « peut
laider à se comprendre, à saccepter, se développer, souvrir »,
un autre souhaite « faire quelque chose de cette différence que je
cache plutôt que lutilise ». Toutefois, cette mission doit rester modeste car une Mensane
constate que « cette
aide est arrivée dans une moindre mesure que ce quelle espérait, mais elle
espérait sûrement trop ». Une autre attend « une aide »
et, dans le même temps, redoute une déception : «Mensa reste encore pour moi quune réponse à
une errance de 40 ans. Je ne mimpliquerai que lentement et sûrement. »
Laide peut être apportée grâce
à « louverture
desprit » qui caractérise
lassociation selon un autre : « ma motivation primaire a toujours été de
trouver des amis qui me comprennent, qui sont dans la même situation que moi,
avec qui je peux donner de moi-même et recevoir des autres dans
l'enrichissement mutuel. »
Un autre pense que, plus que
lassociation, ce sont les membres eux-mêmes qui ont de limportance: « mes espoirs portent sur la
personnalité des adhérents et la qualité de ma relation avec eux. »
Qu'es-tu venu chercher dans l'association ?
Ce
que je cherche mais que je ne sais pas encore que je cherche
alors là cest
constructif comme réponse ! mais trop vrai
Leurs pairs
Il y a dabord la recherche de ses
semblables, « le
fait de rencontrer des gens comme moi », « mes pairs », « des compagnons de
route ». Ces pairs offrent un
sentiment dappartenance, un statut, «
pour une fois ne pas être regardée comme
quelquun détrange quand je me pose des questions improbables ou que je fais
des remarques ou analyses avec dix coups davance. » ou encore : « Je suis venue pour rencontrer dautres
Mensans, faire avec eux des activités. »
Ce sentiment dappartenance
apporte également « un soutien et une aide dans la gestion de ma différence. »
Comprendre
Les adhérents cherchent
également, à travers les contacts dans lassociation à « se comprendre eux-mêmes, les
autres ou le monde », « une émulation », « un enrichissement », « des réponses à des
questions qui ont déjà évolué
»
et échanger
Autre
recherche presque unanimement partagée dans toutes les réponses, je cherche
à « pouvoir avoir des échanges intellectuellement
de haut niveau », avoir de
« léchange sincère
et franc », de « lémulation intellectuelle », des
« conversations qui ne mennuient pas », des « rencontres interactives qui nous font
réfléchir », « un brassage
didées, un miroir de mon comportement lorsque je suis moi-même »
Que t'apporte l'adhésion à Mensa ?
Une sécurité
A ceux qui recherchaient leurs
pairs, Mensa semble apporter une réponse positive à travers le fait de donner
une « identité »,
une « forme de
reconnaissance », le « fait de ne pas être différent seul ». Mensa est « une structure associative et des membres bien
réels, ce qui recadre un peu mes pensées du type je suis folle et seule à
être comme je suis. »
« Mensa mapporte la
reconnaissance de cet aspect de ma personnalité. »
En résumé, cette phrase reprise in extenso et représentative
de ce que peut apporter Mensa : « Malgré
tout un sentiment dappartenance à quelque chose, les grandes lignes dune
notice explicative du pourquoi du comment. Disons que ça justifie aux autres
pourquoi je suis différente, cest donc plus précisément le sentiment
dappartenance comme une façade : « elle est différente, forcement elle
est HQI, dailleurs la preuve cest quelle fait partie dune association de
surdoués »... Donc cest normal que je sois différente. Donc je ne suis
pas « anormale ».
Du plaisir
Mensa permet de « nouveaux loisirs »
et des « conversations
qui ne mennuient pas », «
des discussions riches », « une émulation
entre les adhérents »,
« louverture
desprit permettant daller plus loin dans les discussions ».
Une personne écrit : « formidable booster
de vie pour un volcan endormi ». Dautres ajoutent des « découvertes » et des « rencontres avec des adultes surdoués
(qui) sont des
gens très fréquentables »,
« cela
ma rassurée » précise une Mensane.
Beaucoup
soulignent le fait dêtre « moins seuls », dêtre « soulagés » par ce que leur
apporte Mensa : « des moments où jai limpression dêtre juste moi et de ne
pas réfléchir à être adaptée » ou encore « au début, la satisfaction de rencontrer des
gens avec lesquels je navais pas besoin de mexpliquer longuement pour me
faire comprendre, limpression de rapidement comprendre mes interlocuteurs et
en être comprise. »
Un
adhérent « apprécie les rencontres et les moments agréables mais sans
lenrichissement intellectuel attendu ».
TROISIEME
PARTIE : notre vision de nous-mêmes
Dans lidée de faire connaître la
séance de tests gratuits de décembre 2007, une Mensane avait proposé la
présentation suivante. Nous voulions savoir si ce texte suscitait ladhésion
des autres adhérents de lassociation.
Tu te sens seul mais souvent tu adores
ça.
Tu te forces pour avoir une vie sociale
minimum.
Tu ne comprends pas pourquoi les gens
arrivent à parler pendant des heures
des bêtises du petit dernier.
Quand tu fais des blagues, personne ne
rigole.
Tu as du mal à exprimer tes idées et
pourtant ça grouille dans ton cerveau.
Il y a plein de choses que tu n'arrives
pas à faire, mais parfois tu arrives à être hypertechnique et concentré sur un
sujet très pointu.
Tu fais plein de fautes d'orthographe,
ces détails t'énervent.
Tu es susceptible et hypersensible.
Tu sens que ton job ne correspond pas à
ce que tu pourrais donner au monde.
Tu veux rencontrer des gens comme toi.
Plus de la moitié des réponses confirment
une grande affinité avec ce texte : « très bien rédigé », «texte très vrai »,
«réconfortant,
émouvant, il maurait motivé définitivement à passer les tests gratuits ».
Six adhérents ont souhaité néanmoins atténuer la question de lorthographe « tout à fait sauf
lorthographe » et une qui reconnaît aimer parler du petit
dernier. Une Mensane écrit : « J'ai été surprise de m'y reconnaître alors que je ne me
reconnais en général pas dans la description faite des surdoués. »
Certains
sy reconnaissent peu et invoquent dautres problèmes.
Plusieurs réponses
proposent des idées de phrases :
Du même rédacteur :
Je m'ennuie au travail, je n'y trouve aucun
sens.
Je ne supporte pas la petitesse des gens.
Je suis frustré d'avoir trop d'idées et de ne
pouvoir les réaliser.
Je crois que toute réponse est dans
l'être , sans arriver totalement à le définir.
Je me pose des tas de questions sur la vie
sociale et relationnelle.
J'ai horreur de l'autorité et du pouvoir.
Je ne me sens moi-même que seul.
J'aime l'égalité et la justice, et n'aime pas la différence.
etc... etc...
Dun autre :
Tu regrettes davoir pris trop tard conscience
de tes potentialités.
Tu ne savais pas comment exprimer lexistence
de ton potentiel.
Deux adhérents qui sy reconnaissent tout à fait regrettent
le côté pessimiste ou négatif. Un propose :
« Apprendre est toujours un plaisir ».
Une dernière écrit :
Tu comprends les gens même quand ils ne disent rien. Et
instinctivement tu cherches à soulager leurs souffrances en étant gentil(le),
en les aidant ou en les faisant rire.
QUATRIEME
PARTIE : de la difficulté d'être un adulte surdoué
Certains adultes
surdoués connaissent une souffrance ou un mal-être qui semble propre à la
douance. Les questions suivantes concernent cette caractéristique.
La douance te pose-t-elle un problème spécifique ?
Il aurait été presque miraculeux dapporter une solution avec 25
réponses à un questionnaire amateur. Les témoignages suivants sont très variés,
plus complémentaires quopposés. En effet, nous naissons et grandissons tous
avec nos problèmes, la douance peut les aggraver ou les corriger, la douance
peut également générer des caractéristiques propres aux HQI.
Cinq
Mensans pensent que la douance ne pose pas de problème spécifique : «
Il
est toujours difficile de savoir si les difficultés quon éprouve sont dues à
la douance. Tout le monde éprouve des difficultés sur cette Terre ! » ou encore « Si j'ai des
problèmes, ils ne viennent pas de la douance. ». Plus
explicite, cette longue introduction dun autre Mensan : « En lisant la
première fois la présentation de ce questionnaire, jai hésité car je ne suis
pas convaincu du bien-fondé de cette démarche. Dune part, je nattribue pas
ces éventuelles souffrances au fait dêtre surdoué il peut y avoir
corrélation, sans relation de cause à effet. Dautre part, je ne me reconnais
pas forcément dans ce constat de souffrance à cause de mon «
intelligence ». Au lieu de blâmer mon intelligence qui me ferait souffrir,
je considère que cest un don qui est constitutif de ma personnalité et dont je
ne suis ni honteux ni exagérément fier. Grâce à elle, jai pu me hisser
socialement en faisant des études dingénieur, ce qui me convient tout à fait
et qui, par la même occasion, est un facteur de succès social. Jexerce un
métier que japprécie, même si je ressens souvent de la frustration de ne pas pouvoir
utiliser plus mon goût pour la logique. Là où je me sens moins bien cest dans
lintégration à une société où lavoir compte plus que lêtre, où lapparence
et la forme comptent plus que le fond, où les cérébraux sont mal vus et pris
pour des preneurs de tête, où on valorise limmédiateté, la facilité et
lémotivité aux dépens de la réflexion et de la démarche intellectuelle
rigoureuse et exigeante. Ce nest dailleurs pas plus mal pour mon ego, car si
je ne côtoyais que des surdoués je trouverais forcément plus fort que moi.
Ceci dit, ces souffrances trouvent aussi un
écho en moi, même si je ne crois pas que leur cause réside dans mon
intelligence. Je dirais plus quil sagit de souffrances assez répandues et qui
pour la plupart sont liées à des difficultés dintégration sociale. Je crains
quà désigner lintelligence comme responsable de ces souffrances, cela soit
une espèce de leurre et quon évite ainsi de réfléchir à ce qui personnellement
nous a conduit à cette situation. Lintrospection et lanalyse de notre
comportement dans son contexte me paraît indispensable. »
Parmi les autres réponses,
quelques points douloureux sont mis en avant.
Etre un étranger
Ainsi, un premier témoignage
explique quil rencontre de « multiples problèmes :
je citerais le sentiment de
supériorité, l'ennui à l'école puis dans un cadre professionnel, le fait d'être
réfractaire à un système que je pense mal conçu ou inadapté à moi, la
difficulté à être heureux, difficulté également à me socialiser ou à me sentir
à l'aise avec des gens qui ne partagent pas ma différence, sentiment de ne pas
faire partie de la société, sentiment de décalage entre ma façon de penser, mes
rêves, mes centres d'intérêt, et le monde réel. »
Il existe donc une « difficulté à
sintégrer à la société », comme lécrit un deuxième, idée reprise et développée
par un troisième :
de la frustration
: non-reconnaissance, jalousie des autres, impuissance, manque de temps, désir
de communiquer mais crainte de ne pouvoir être compris,...
de certains
conflits : entre autorité (due à la compétence) et désir d'égalité, désir de
décider et crainte des effets pervers du pouvoir,...
de l'impuissance :
vis-à-vis de certaines dégradations dans le monde
des difficultés
relationnelles : l'incompréhension mais surtout le fait de ne pas être sur le
même plan
Deux
Mensans insistent également sur le rôle négatif de la famille quand elle
naccepte pas lidée de la douance : « Elle peut être un problème lorsque cette
spécificité nest pas connue ou acceptée par lentourage du futur adulte. », « quand jai reçu mon courrier dadmission, jai eu mon
courrier, et cest ainsi que jai été encouragé et surtout pas par ma
famille. »
La
réelle difficulté à sintégrer dans la société peut certes résulter dune
névrose mais, comme le montrent les réponses, peut aussi résulter dune
socialisation inadaptée résumée par ces témoignages : « Oui, j'ai des
problèmes pour m'adapter en société, des doutes bien sûr sur mes capacités qui
me bloquent dans ma vie et cela me donne des difficultés à être heureux » ou encore « jai du mal à être
comprise ».
Toujours douter de soi « Doute sur les
capacités, difficultés de communication ».
Plusieurs
Mensans insistent aussi sur le doute permanent qui les assaille à tout moment
et les fait hésiter, rester inactif, dans la vie courante. Malgré le « sentiment davoir
toujours plusieurs coups davance dans une situation, même maintenant que je
sais que jai un QI supérieur à 130 je me demande parfois si je ne suis pas
débile
Jai toujours un doute sur mes capacités. », « Le doute permanent sestompe avec Mensa » explique un adhérent, «
jai
limpression dêtre étrangère à tout ça » complète un troisième témoignage.
Allant
dans le même sens, un Mensan constate son « manque déquilibre entre excès de confiance
due à la différence de vitesse et dacuité vis-à-vis dun sujet, quel quil
soit, et le manque de confiance
» ou encore, une autre : « à chaque fois que jaborde quelque chose de
nouveau mon esprit est traversé par un doute : serais-je capable de
le faire ? ». Le doute conduit même un membre à la « procrastination ».
Se couper de ses émotions
Lexcès
de doute a également pour effet, parfois, disoler le mental des émotions.
« A
trop vouloir comprendre le monde, on finit par ne plus en être » : « Et puis mes relations aux autres. Déjà rien que pour dire
bonjour dans un groupe, (à part si cest bien codifié ou si cest des gens que
je connais bien), je frôle la crise dangoisse : par qui commencer,
bises/pas bises, et lautre là qui ne me voit pas, je fais comment, et ces deux
mains qui se présentent en même temps, laquelle dois-je serrer en premier sans
vexer personne, et eux qui discutent, je les interromps ? Mais à quel
moment ? etc, etc
»
Il existe une frustration au
quotidien résumée dans cet autre témoignage :
« frustration de ne pas plus utiliser mon
intelligence au quotidien. Je voudrais sans cesse étudier mais au lieu de cela
je m'occupe de la routine d'une mère de famille qui travaille... sentiment
dinadaptation sociale parfois. » Une autre avoue « la difficulté
à garder des relations avec les gens, parce que je ne sais pas vraiment faire
et puis jai eu une expérience malheureuse qui fait aussi que... (trahison de
ma meilleure amie, je le savais que ça arriverait, mais je refusais de
ladmettre). »
Les derniers témoignages
rapportés concernent ceux qui ont surmonté leurs difficultés : « Elle m'en posait
avant de l'avoir appréhendée, maintenant je comprends mieux ce qui m'arrive, je
m'accepte mieux, je fais mieux la différence avec les autres. Je profite des
bons côtés de la douance mais évidemment le doute permanent et
l'hypersensibilité m'attirent encore des ennuis. » ou « je vis avec ma différence », « pas de difficulté à
être heureux » voire enfin « La douance me plaît parce que j'ai
toujours été précoce ».(sic)
Mensa doit-elle t'aider dans ce cas ?
Il ny a eu que 11 réponses à
cette question. Quatre ne pensent pas que Mensa puisse avoir un rôle
actif : « Je pense quil faut dabord se connaître et
saider soi-même avant de chercher ailleurs » explique un
sceptique, un autre écrit que
« savoir que ça existe me suffit ».
Moins catégoriques, plusieurs
doutent quand même de lefficacité de lassociation « Je lis beaucoup, je ne sais si Mensa peut
m'apporter plus. ». Dautres estiment que les rencontres dans
Mensa pourraient avoir un effet positif : « Pas sûr à part lors de rencontres pouvoir se rendre compte
que les problèmes sont parfois communs et liés à la douance »,
« Non, à part
peut-être dans léchange dexpériences en toute humilité. », «non elle ne DOIT pas, elle
PEUT cest à chacun de tirer profit du meilleur de Mensa (comme on tire profit
du meilleur de chaque expérience à condition davoir pris lhabitude de
réagir de cette façon). »
Cette façon de voir est confirmée par un Mensan qui écrit : « Elle le fait déjà
par le seul fait d'exister et de pouvoir rencontrer des gens comme moi. »
Les derniers attendent
modestement un peu plus, sans exigence particulière : « Si c'est possible
j'en serais heureux. » « jaimerais bien », « oui mais pas une obligation »,
« oui, mais
probablement par un contexte favorable, par des thèmes spécifiques abordés par
de petits groupes de personnes (2 à 4) avec partages dexpérience et recherches
livresques ou net. ». Une seule personne est persuadée de la capacité
de Mensa à aider : « absolument. » mais ne peut en préciser la
forme sur le papier et préfère en parler de vive voix.
Peux-tu préciser comment ou par quelles actions cela
pourrait prendre forme ?
La plupart milite pour des
rencontres entre Mensans : « Rencontrer des alter ego », « léchange dexpériences », « par le dialogue ;
cest fou comme le texte du début est rassurant lorsque je le lis ; je me
dis que je ne suis pas seule dans cette situation », ou encore
« des conseils
de gens qui sont passés par là, et qui peuvent me mettre en garde sur les
pièges à éviter et les attitudes à adopter. »
Dans un deuxième temps, beaucoup
de réponses suggèrent de formaliser, en quelque sorte, « une information sur
les spécificités des adultes surdoués, en rassurant ceux qui viennent, en leur
proposant des rencontres avec dautres personnes comme elles. »
Un autre complète ce propos en proposant « une réunion sur ces sujets, ou alors un
échange avec un membre qui a connu les mêmes problèmes. »
Le
recours à des professionnels « psys » reste une dernière hypothèse
envisageable : « Je pense que des questions/réponses et des suggestions de
parcours pour mieux vivre donnés par des psys pourraient m'aider et aider les
autres membres. Si cela pouvait être ajouté dans le site de Mensa et créer
aussi un forum de discussion sur des thèmes de problémes communs et pouvoir
échanger des idées pour un soutien des uns et des autres. Avoir aussi une liste
de psys, en France, qui connaissent notre monde et avec qui on pourrait prendre
contact pour pouvoir trouver des solutions à nos petits problèmes,
personnellement je pense que cela pourrait m'aider » , « Au début on cherche
beaucoup d'informations sur la douance, je pense qu'une intervention de groupe
d'une psychologue de temps en temps pourrait être bénéfique. »
« Vivre mode d'emploi » sic.
Te reconnais-tu dans une des catégories suivantes ?
Dans
les réponses qui suivent, les adhérents ont validé ou non les affirmations
écrites (le chiffre est à comparer aux 25 réponses). Certains y ont ajouté des
commentaires.
Adulte
qui a renoncé à vivre sa douance et refusant de vivre pleinement (8)
o je pensais que c'était la solution pour vivre.
o je suis un conformiste : comprendre les lois de la
société pour my conformer.
Adulte conscient de
sa douance et qui l'utilise pour vivre son ambition ou assouvir sa passion (8)
o
mais qui l'utilise pour bien vivre et pour aider les autres
à bien vivre.
o
Ces deux phrases sont ok pour mon cas, rejoignant la notion
déquilibre difficile à trouver.
Adulte
rebelle ou réfractaire au système, à l'autorité, marginal par conviction (8)
o Adulte rebelle ou réfractaire au système, à l'autorité, «
marginale » par conviction rejet de cette normalité que je narrive
pas à atteindre, peut-être ?
o
mais je me soumets quand même car il faut nourrir mes
enfants mais changement de boulot tous les 2/3 ans. C'était comme ça avant (
marginal par conviction).
Adulte
qui se cherche encore à 40 ans ou 50 ans voire plus (12)
o j'espère bien.
o A la fois conscient de mes aptitudes et de leurs limites, je
men sers du mieux que je peux. Cela n'empêche pas les doutes et le fait dêtre
en recherche perpétuelle.
o Un peu : je suis consciente de ma douance. Dun côté je
lutilise sans scrupules dans mon métier scientifique, dun autre côté jessaie
de la mettre de côté, de ne pas la montrer pour garder une vie sociale
agréable.
o Renoncer à vivre sa douance : disons quen madaptant
au monde qui nous entoure, forcement je sous-exploite mes capacités. Je ne les
utilise que pour me faciliter le quotidien, pour « bidouiller ». En ce
sens jen suis consciente, puisque je sais que si je veux je peux le faire,
mais avec toujours cette peur de la perdre. Et puis il y a celle qui ne se
contrôle pas, celle plus subjective qui nous fait voir le monde, les autres
autrement. Rebelle ? Ah ça oui, je lai été ! Peut-être le suis-je
encore un peu, mais de façon beaucoup plus soft, plus « casée ». Je ne
pourrais jamais entrer complètement dans le moule, cest certain, mais jai
appris à prendre un peu de distance, à arrondir un peu plus les angles.
Est-ce que tu te sens concerné par les
caractéristiques suivantes ?
Difficulté à être
heureux dans un monde aussi injuste, imparfait, dans lequel domine la misère. (14)
o (celle des enfants surtout) (domine la bêtise et non la
misère).
o Oui mais comme les autres.
Impression que j'ai
un rôle à jouer dans cet univers pour essayer de diminuer la souffrance des autres (13)
Sentiment de peur
excessive à cause de la guerre, de l'alimentation, de la pollution... (8)
o A cause de tous les dangers possibles et inimaginables, mais
plus encore par rapport à mes enfants que pour moi-même. Et ça va du couteau
dans le lave-vaisselle (lame côté bas pour ne pas quil sembroche des fois
quil tombe dessus un jour où la porte serait ouverte) aux pédophiles qui
pourraient lenlever dehors, aux voitures qui pourraient lécraser, aux enfants
de lécole qui pourraient le rejeter, anticiper les causes de tristesses ou de
malaise, la nounou qui serrerait trop les couches de la petite et donc elle se
sentirait mal toute la journée... ce genre de peurs-là qui peuvent sembler
banales mais qui prennent une place exagérée chez moi... Je me fais penser au
papa de Némo, le petit poisson... Ça traduit aussi un manque de confiance.
Culpabilité liée à
la différence avec les autres (5)
o plutôt du dépit, du découragement, de la frustration
peut-être.
o Ça non, jamais. Je minquiète pour mes proches de savoir
sils ont bien compris, je mexaspère pour les moins proches de voir quils ne
comprennent rien, mais pas de sentiment de culpabilité.
o Elle peut être un problème lorsque cette spécificité nest
pas connue ou acceptée par lentourage du futur adulte.
L'émerveillement
presque enfantin devant des idées nouvelles (18)
...mais aussi
l'ennui qui vient vite et l'absence de persévérance (15)
o ça, cest vraiment, mais vraiment mon plus gros défaut.
Une hypersensibilité
qui te fait ressentir les choses et surtout les gens avant de les comprendre ou
de les connaître (17)
o mais avec des erreurs. (2)
Une fatigue de toujours
mentaliser, réfléchir, penser... (10)
o parfois.
o Non, j'aime cela en fait, toujours mentaliser, réfléchir,
penser... peut devenir obsessionnel.
Un refus de vivre le
temps présent mais toujours anticiper ou réfléchir sur le passé (9)
o je ne sais pas.
o FAUX MAINTENANT, vrai avant.
o Plutôt une incapacité de vivre le temps présent.
o Je viens de prendre une claque à la lecture de toutes ces
phrases donc OUI.
o Je souffre plus de la bêtise et de lignorance du monde, et
plus encore du refus de chercher à laméliorer par facilité.
o Pas vraiment. Parfois je me dis que jai de la chance dêtre
intelligente et que jaimerais faire de grandes choses. Mais je crois que ce
souhait est commun à beaucoup de personnes, même non surdouées. Et le problème
des grandes choses, cest quil faut un peu dintelligence et dinspiration
pour les initier, et beaucoup de travail pour les réaliser.
Est-ce que tu as toujours le sentiment
que tes pensées, tes idées bouillonnent dans ton cerveau et que cela peut
savérer fatigant ? Que tu aimerais que cela sarrête un peu ?
o Avant oui, maintenant, je profite de cette richesse.
o C'est fatigant mais pas de gêne.
o Oui .(4)
o Je lai fait pendant un temps, une pause de quelques années.
Ensuite jai passé et soutenu une thèse
Comme quoi on ne peut renier très
longtemps sa nature. Personnellement je lai exprimée de cette manière. A
chacun la sienne.
o Fatigant pour les autres, ceux qui me supportent et qui ont
parfois du mal à me suivre, ça cest certain ! C'est plus dans les
conversations que ça se sent, on me dit souvent que je passe du coq à lâne.
Mais le plus souvent je garde pour moi. Je ne peux pas m'empêcher de penser à
plein de choses, revenir sur l'actualité, ou simplement sur ce que je vois,
analyser le comportement d'un tel, les sentiments d'un autre, réfléchir à ce
qu'on pourrait faire pour que telle ou telle chose soit mieux, mais même de
manière inconsciente. A oui, souvent aussi je me réfugie dans des mondes
imaginaires, je m'invente des histoires. Il y a plusieurs parties qui fonctionnent
en même temps. Que ça sarrête ? Je lai voulu plus jeune, mais plus
maintenant. Je crois que je ne my reconnaîtrais plus, jaurais limpression de
perdre quelque chose, dêtre handicapée. Ou alors les questions existentielles,
du moins celles liées à la mort. Ça oui, j'aimerais qu'elles s'arrêtent. Je
pense à mon devenir, celui de mes enfants. Je suis terrorisée à l'idée qu'un
jour eux aussi mourront. J'angoisse à l'idée que cette idée les terrifie. Je
prie pour que la religion soit pour eux un assez bon opium.
o La lecture permet de freiner l'activité cérébrale, c'est mon
remède.
o Oui, des fois, des fois non.
o Oui, oui, oui. Jai aussi trop de centres dintérêt, ce qui
mempêche de minvestir beaucoup dans un seul et donne quelques fois
limpression que je papillonne.
o Je n'ai pas envie que ça s'arrête, mais c'est fatigant et je
me repose ou m'aère l'esprit.
o Oui. Mais je ne souhaite pas que ça sarrête mais plutôt
apprendre à utiliser, canaliser quand cest nécessaire ou utile.
o Pourvu que ça dure.
o Non, je ne trouve pas ça fatigant mais j'ai l'impression que
je tourne un peu en boucle parfois et en parler avec des Mensans peut permettre
de sortir de la boucle.
o Non, pas vraiment, bien que beaucoup de gens me reprochent
de trop réfléchir, je n'éprouve pas de fatigue particulière.
o Je regarde une série américaine pour que ça s'arrête.
o A vrai dire, je suis habituée, ça ne me gêne pas du tout,
mais je fatigue les autres qui me demandent régulièrement darrêter de penser
je leur réponds ok, mais toi, en échange, tu arrêtes de faire battre ton cur
o Pendant très longtemps, je narrivais pas à « arrêter »
mon cerveau, jétais insomniaque. Je pouvais laisser divaguer mes pensées
pendant un temps et remonter le fil de celles-ci ; repérer les axes qui me
faisaient passer sur dautres sujets et je remontais le temps
la fameuse
pensée en arborescence ! Cest un exercice que jai souvent fait et puis
jai arrêté petit à petit de le faire ; aujourdhui jen serais incapable.
Je nai plus limpression davoir un cerveau qui bouillonne ; peut-être
par manque dalimentation ou bien Alzheimer
o Mes idées ne bouillonnent pas mais j'ai une concentration et
rapidité que j'estime de temps en temps salutaire.
o Non. Jai toujours le cerveau en activité, mais cela ne me
fatigue pas, au contraire, cela me stimule.
o Cela avait souvent
lieu quand jétais plus jeune, surtout au moment de mendormir, mais maintenant
cela va bien mieux.
o J'ai ce sentiment, mais pas de fatigue. J'arrive maintenant
plus ou moins à m'arrêter de penser ou à me concentrer sur autre chose.
o
Ça mest très difficile de
répondre à lensemble de ce dernier item. En fait, je pense que je fais
abstraction de tout cela et que ma douance nest ni un avantage ni un handicap.
Je fais avec, sans plus, même si parfois ce nest pas évident.
o Jaimerais que cela sarrête un peu, mais je ressentirais
vite un manque. Cest comme si lon me demandait si jaimerais arrêter de
respirer parce que cela peut savérer « fatigant ».